Dans un mois, il ne sera plus temps de souhaiter. On saura, dans un mois, si l’année qui s’ouvre sera marquée par la guerre, si les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, seuls ou avec d’autres, entreront en guerre contre Saddam Hussein mais il faut souhaiter que non. Ce n’est pas que le projet des Américain, la vision qui les pousse à vouloir un changement de régime en Irak, soit absurde ou scandaleux. Sur le papier, leur raisonnement se tient. Les Américains se disent, ce qui est vrai, que les Irakiens n’en peuvent plus de Saddam, qu’ils seraient donc accueillis en libérateurs à Bagdad, que le monde arabe les verrait acclamés par un peuple arabe et que leur image en serait changée au Proche-Orient, qu’ils en deviendraient, si ce n’est populaires, un peu moins impopulaires qu’ils ne le sont aujourd’hui. Nous pourrions alors, poursuivent-ils, promouvoir un régime fédéral en Irak, y garantir la représentation politique des Kurdes, des chiites et des sunnites, des trois composantes de la population, les faire ainsi tous profiter des revenus pétroliers et faire de ce pays une vitrine démocratique, un modèle à suivre pour tout le Proche-Orient. A entendre les Américains, un élan démocratique s’ensuivrait dans toute la région, les équilibres internes de l’Arabie saoudite, de l’Iran et de la Syrie, en seraient modifiés, le règlement du conflit israélo-palestinien en deviendrait possible et toutes les causes profondes du terrorisme en seraient, à terme, supprimées - la corruption des régimes en place, le drame palestinien et l’antiaméricanisme que l’une et l’autre suscitent dans les pays arabes. C’est là ce qu’espèrent les Américains mais pour que ce rêve puisse se réaliser, il faudrait, premièrement, que leur offensive militaire soit très vite couronnée de succès, qu’elle épargne la population civile, que le nombre des victimes ne crée pas, chez les Irakiens, un ressentiment autrement plus fort que le soulagement d’être débarrassé de Saddam. Rien n’est moins sûr. Rien ne le garantit et si cette guerre, en durant, prenait l’allure, deuxième problème, d’une guerre d’agression américaine contre un peuple arabe, si elle laissait le temps à Saddam, troisième problème, d’attaquer Israël et que les Israéliens ripostaient, si la haine des Etats-Unis en était décuplée au Proche-Orient, cette guerre n’aurait plus rien, au contraire, d’un horizon radieux. C’est un chaos qu’elle porterait et nul ne sait ce qui pourrait en sortir, encore plus de terrorisme sans doute mais également un chamboulement incontrôlé des frontières proche-orientales, toutes trop récentes pour résister longtemps à pareille onde de choc. Le pire n’est pas certain. Les Américains peuvent réussir mais le risque qu’ils échouent est beaucoup trop grand pour ne pas souhaiter en ce début d’année que cette guerre n’ait pas lieu, qu’un putsch irakien renverse Saddam ou que Saddam, lui-même, fasse les concessions qui permettraient aux Américains de se déclarer victorieux sans avoir engagé la guerre.

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