A bas bruits, sans chars mais méthodiquement, la Russie reconquiert son empire. Il y a deux ans encore, la « révolution orange » semblait la repousser d’Ukraine, le pays qui, il y a mille ans, le berceau de sa puissance. Il y a deux ans, les Etats-Unis voyaient déjà l’Ukraine rejoindre l’Otan, la Géorgie suivre, ce mouvement faire basculer à son tour le Belarus, l’ancienne Biélorussie, dans l’Alliance atlantique mais, en deux ans, tout a changé. Il ne reste plus rien de ces ambitions américaines et rien ne le dit mieux que l’amertume avec laquelle le Premier ministre bélarusse présentait, hier matin, le résultat des négociations qu’il venait de conclure avec Moscou. « C’est dans un climat lourd, disait-il, que nous avons signé un accord dont les termes sont regrettables ». Menacé de voir quadrupler le prix auquel la Russie lui livre son gaz, le Belarus avait dû accepter de céder au géant gazier russe Gazprom la moitié de sa compagnie de gazoducs, Beltransgaz, en échange d’un simple doublement de sa facture énergétique. Le Belarus n’a échappé à la ruine qu’en se laissant déposséder d’un atout stratégique et la brutalité montrée là par le Kremlin est d’autant plus frappante que ce pays est, pourtant, la seule des anciennes Républiques soviétiques à être restée fidèle à Moscou depuis l’éclatement de l’URSS. Formellement indépendant, le Belarus redevient un protectorat russe et, parallèlement, l’étau se resserre sur l’Ukraine et la Géorgie qui plient, elles aussi, devant les pressions économiques du Kremlin. Ce n’est plus l’Amérique qui avance dans ces pays. C’est la Russie qui y revient et cela grâce à l’embourbement irakien des Etats-Unis qui, là aussi, change toute la donne. Tant que l’Amérique était forte et la Russie faible, les anciennes républiques soviétiques pouvaient oublier les distances et regarder vers Washington. Moscou, pensaient-elles, ne peut plus rien contre nous. Comme l’Europe centrale, se disaient-elles, nous allons nous agréger à l’Occident mais elles comprennent bien, aujourd’hui, que l’Amérique est trop occupée à trouver les moyens de se sortir d’Irak pour se permettre, en plus, un bras de fer aux frontières russes. L’histoire et la géographie reprennent ainsi leurs droits et s’imposent d’autant mieux que l’aventure irakienne a, de surcroît, surenchéri les prix du pétrole et rempli, par là, les coffres de la Russie qui dispose des réserves énergétiques que l’on sait. Non seulement la Russie regorge maintenant d’argent, grâce à Georges Bush, mais ses compagnies pétrolières et gazières dont le Kremlin a repris le contrôle sont devenus des instruments de puissance politique autrement plus redoutables que les chars d’hier. Personne, pas plus en Ukraine qu’en Europe ou en Amérique, ne peut plus ignorer l’arme énergétique de Vladimir Poutine et, comme les Etats-Unis, dans leur désarroi diplomatique, ne peuvent plus se passer de la voix de la Russie au Conseil de sécurité, l’empire russe renaît de ses cendres.

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