La poursuite des manifestations et leur violence pourraient ouvrir une vraie crise à Téhéran

 Des étudiants iraniens s'affrontent avec la police anti-émeute lors d'une manifestation anti-gouvernementale autour de l'université de Téhéran, en Iran, le 30 décembre 2017.
Des étudiants iraniens s'affrontent avec la police anti-émeute lors d'une manifestation anti-gouvernementale autour de l'université de Téhéran, en Iran, le 30 décembre 2017. © Maxppp / STR/EPA/Newscom/

Un policier, hier, a été tué par balle en Iran. Cela s’est passé à Najafabad, dans le centre du pays. Tout dit que de nombreuses autres villes, comme Ispahan la nuit dernière, ont parallèlement été le théâtre de nouvelles manifestations et, dans plusieurs d’entre elles des commissariats et des casernes ont été attaqués. 

L’Iran en est ainsi à cinq journées de protestations de rue contre la cherté de la vie, le chômage, la corruption des milieux dirigeants et, souvent, c’est une nouveauté, contre le régime et les mollahs eux-mêmes.

Officiellement, on en est à 11 morts et, bien que le nombre de manifestants reste pour l’heure limité, notamment à Téhéran, il n’est désormais plus exclu que la République islamique s’enfonce dans une vraie crise. On le saura d’ici le milieu de la semaine mais cinq raisons pourraient y pousser. 

La première est que les Iraniens ne voient pas arriver l’amélioration de leur niveau de vie malgré la levée des sanctions internationales permise par le compromis nucléaire que leur président, Hassan Rohani, a passé avec les grandes puissances. La deuxième est que la persistance du chômage et de l’inflation rend désormais insupportable l’omniprésence de la corruption. La troisième est que ce mécontentement social vient s’ajouter à une aspiration aux libertés qui travaille le pays depuis les années 90. La quatrième est que les Iraniens préféreraient clairement que l’argent de leurs ressources naturelles soit investi à leur profit plutôt que dans le soutien au régime syrien et au Hezbollah libanais. 

Quant à la cinquième raison qui pourrait conduire à une vraie crise, elle est que le régime est profondément divisé entre, d'une part, les pragmatiques et réformateurs qui soutiennent le président Rohani et, d'autre part, les différents courants conservateurs qui craignent de perdre la main et leurs privilèges économiques. Entre ces deux camps, la bataille est d’autant plus rude que le Guide suprême est souffrant et que sa succession est virtuellement ouverte.

Ce régime vit une guerre de tranchées dans laquelle les conservateurs avaient jugé habile de pousser aux premières manifestations afin de mettre Hassan Rohani en difficultés. Lorsqu’il s’est avéré, dès samedi, qu’ils avaient ouvert la boîte de Pandore, Hassan Rohani a riposté en proposant de donner des moyens d’expression légaux à la critique des politiques menées et affichant, dans le même temps, une grande fermeté face aux violences. 

Les conservateurs, eux, n’ont évidemment pas dit leur dernier mot et quoi qu’il se passe dans les jours à venir, emballement ou apaisement, la certitude est qu’il y a une vie politique en Iran, toujours plus complexe et toujours moins à même de canaliser le rejet toujours plus profond d’une théocratie aussi honnie que méprisée.

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