En 2019, 850 millions d'Indiens iront aux urnes...

Et s'il y a bien une élection à suivre cette année, c'est celle-là. Par son énormité d'abord, vous l'avez dit 850 millions d'électeurs, plus d'un dixième de l'humanité, devront glisser un bulletin dans une urne indienne.

C'est d'ailleurs si compliqué d'organiser ces élections qui renouvelleront, entre autres, les 543 membres de la Lok Sabha, le parlement indien, qu'elles ne se tiendront pas sur quelques jours mais bien sur plusieurs semaines : de mars à mai, exactement.

Et l'enjeu aussi est crucial : les Indiens donneront-ils un deuxième mandat à Narendra Modi, le Premier ministre hindouiste, nationaliste et pour tout dire populiste qui semblait invincible – tant il reste populaire – il y a quelques semaines encore.

Or des élections régionales en décembre ont tout changé...

A la surprise générale, le BJP, le parti du Premier ministre, a perdu trois des 5 Etats mis en jeu dans ce que les Indiens ont appelé les « demi-finales » électorales. En plus, ces élections ont été perdues pour Modi dans le cœur même de son réservoir électoral.

C'est l'ennemi de toujours qui a raflé la mise : le parti du Congrès, celui des Gandhi, arrière-grand-père, grand-mère, père et fils. Une victoire totalement inattendue pour celui que Modi a l'habitude de moquer en golden boy, l'héritier Rahul Gandhi.

Une défaite d'autant plus étonnante que l'économie indienne croit de 7 à 8% par an et que Narendra Modi reste très populaire, loin devant Rahul Gandhi. C'est d'ailleurs ce qui incite la plupart des commentateurs à la prudence : la messe (le mantra) n'est pas dite.

Comment expliquer cette défaite s'il est si populaire ?

Il a beaucoup promis et si peu obtenu de résultats. L'économie indienne a beau croître comme aucune autre en Asie, voire dans le monde, elle ne parvient pas à absorber le million de d'Indiens de 18 ans qui, tous les mois, s'ajoutent sur le marché du travail. Un exemple pour vous donner une idée : les chemins de fer indiens ont cherché l'année dernière à recruter 100 000 personnes. L'entreprise publique a reçu en regard plus de 20 millions de candidatures ! Or Modi avait promis la création de 10 millions d'emplois.

Il a aussi commis de lourds impairs : en novembre 2016, son gouvernement a démonétisé du jour au lendemain les billets de 500 et 1000 roupies : 86% de l'argent liquide en circulation qui a été aussi rayé d'un trait de plume : un chaos qui a duré des mois.

Donc, un populiste peut perdre des élections !

Et pour de bonnes raisons en plus ! Narendra Modi est, au fond, le premier d'une longue liste de populistes qui ont été élu dans le monde entier en faisant campagne sur des thèmes identitaires. Dans son cas, l'hindouisme militant, le retour de l'âme indienne.

Et s'il est battu en 2019, ce sera parce que l'ennuyeuse, l'éprouvante réalité est venu marginaliser ces thèmes nationalistes et identitaires. Un peu comme la réalité du Brexit qui est en train d'avaler les rodomontades isolationnistes des conservateurs britanniques.

Narendra Modi s'est fait élire sur la renaissance hindouiste, Donald Trump sur un mur, Jair Bolsonaro, sur la corruption et les trois se feront peut-être battre par la réalité d'un taux de chômage persistant, d'une dette qui explose, de systèmes sociaux faillis.

On ne mesure peut-être pas assez l’implacable puissance de la réalité...

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