Alors que les rivalités entre puissances se développent, la Russie a annoncé le déploiement d’un missile hypersonique d’un nouveau type auquel les États-Unis n’ont pas de parade. Un signe de plus de la nouvelle course aux armements qui s’accélère.

Un missile balistique russe Yars RS-24 présenté lors du défilé militaire sur la place rouge, à Moscou, le 9 mai 2019, à l’occasion de l’anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale.
Un missile balistique russe Yars RS-24 présenté lors du défilé militaire sur la place rouge, à Moscou, le 9 mai 2019, à l’occasion de l’anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale. © AFP / Alexander NEMENOV / AFP

Une nouvelle escalade dans la course aux armements ? 

La nouvelle décennie risque fort d’être marquée par cette nouvelle course aux armements favorisée par deux facteurs : les nouvelles rivalités entre puissances dans le monde, et les bouleversements technologiques.

Résultat, oubliés les espoirs d’après-guerre froide sur les « dividendes de la paix », en vertu desquels tous les budgets militaires ont connu des baisses considérables, certains pays allant jusqu’à supprimer carrément leur armée. On est loin des appels à abolir l’arme nucléaire que lançait encore en 2016 Barack Obama, avant de quitter le pouvoir.

Nous sommes entrés dans un monde radicalement différent

Et je ne parle pas seulement de la Corée du nord qui ne semble pas prête à renoncer à son arme nucléaire et promet une « surprise » stratégique ; ou du redémarrage par l’Iran de son programme nucléaire après le retrait américain de l’Accord de 2015, qui l’avait interrompu.

Les acteurs de cette nouvelle course sont d’abord les trois premières puissances militaires mondiales : les États-Unis, la Russie et la Chine.

La semaine dernière, Moscou a annoncé le déploiement dans des unités combattantes d’un nouveau type de missile dit « hypersonique », capable d’atteindre, tenez-vous bien, 6000 kilomètres/heure, et de changer de trajectoire tout seul. Résultat, porteur d’une tête nucléaire, il est quasiment instoppable par les systèmes antimissiles existants. 

L’annonce a surpris à Washington. On savait que les Russes travaillaient sur ce projet, Vladimir Poutine lui-même s’en était vanté publiquement, mais on ne s’attendait pas qu’il soit déployé si rapidement.

Les Américains n’en disposent pas encore, ayant longtemps négligé cette piste technologique, et ils ne disposent donc pas de parade à ce stade. Une fragilité qu’il faudra un certain temps, et donc de gros investissements en recherche, pour surmonter au plus vite. 

Pourquoi maintenant ?

  • Première raison, les traités de désarmement et de contrôle mis en place à la fin de la guerre froide entre la Russie et les États-Unis sont en train de disparaître, et avec eux tout le cadre juridique qui freinait les deux États disposant du plus grand arsenal nucléaire. La Chine, qui n’était pas concernée par ces traités, a elle aussi relancé son développement nucléaire militaire, et ne veut pas entendre les appels de Donald Trump à se joindre à d’hypothétiques négociations.
  • La deuxième raison est le climat de défiance, qui ramène le monde à une époque de rapports de force classiques. Paradoxalement, les États ne se font plus la guerre de manière frontale ; les armées sont d’abord des instruments de puissance politique.
  • Troisième raison enfin, les progrès de l’intelligence artificielle et de l’automation font émerger de nouvelles générations d’armements qui peuvent faire la différence. La France vient ainsi de déployer des drones armés, employés pour la première fois en opération au Sahel la semaine dernière.

Cette nouvelle course aux armements est un signe de plus d’un état du monde en régression, où l’on parle beaucoup de sauver la planète, tout en investissant dans des armes capables de la détruire.

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