Il ne faut pas seulement s’indigner. Le refus des Etats-Unis de ratifier le Traité créant la Cour pénale internationale et le chantage qu’ils exercent maintenant sur l’Onu en bloquant le renouvellement du mandat de la Mission des Nations-Unies en Bosnie-Herzégovine, tout cela choque, profondément et à juste titre, mais pourquoi cette attitude ? Pour trois raisons, répondent en substance les Américains. La première, disent-ils, est que nos citoyens ont un droit constitutionnel à être jugés par la Justice américaine. C’est vrai, c’est même légitime, mais le problème est que l’argument ne tient pas car un accusé ne pourra être déféré devant la Cour pénale que si la Justice de son pays ne peut ou ne veut pas se saisir de son cas. La deuxième raison invoquée par les Américains est que la Cour pourrait être saisie de plaintes politiques. Elle pourrait alors, disent-ils, se laisser aller à juger de la légitimité d’une entrée en guerre et s’ériger ainsi en pouvoir supranational non plus judiciaire mais politique. Oui… Sur le papier, une telle dérive pourrait se produire sauf que les juges et le procureur de la Cour pénale seront nommés par les Etats signataires du Traité, que le procureur ne pourra pas se saisir d’un dossier sans l’avis préliminaire des juges et qu’à ce jeu là, la Cour perdrait vite toute crédibilité. A bien regarder les choses, c’est plutôt un excès de précautions de la Cour qui serait à craindre qu’une judiciarisation des relations internationales et de la guerre. Peut-être, rétorquent les Américains mais on « ne nous aime pas ». Notre richesse, notre puissance militaire, notre influence politique, expliquent-ils, sont tellement insupportables à tant de nations que nous serons toujours, et systématiquement, les premiers visés devant cette Cour. C’est en effet possible sauf… sauf que l’on peut renverser l’argument car dans la mesure, précisément, où la puissance des Etats-Unis est si grande, ils auraient quelques moyens de faire contrepoids à ces contrecoups de leur hégémonie. Aucun de ces arguments n’est, en fait, recevable. Le problème, pour les Etats-Unis, est ailleurs. Il est qu’ils ne veulent pas, clairement pas, que trop de lois, d’instances et d’accords internationaux corsètent leur liberté de manœuvre. Pendant la guerre du Kosovo, leurs militaires ont été suffoqués de devoir soumettre leurs cibles à l’approbation des autres membres de l’Otan. Les enquêtes ouvertes en Europe sur les crimes de la dictature chilienne les ont totalement outrés lorsqu’ils ont senti que les responsables américains de l’époque allaient être convoqués par des juges européens. L’opposition de l’Union européenne à la détention sans jugement des prisonniers afghans les horripile de même car ils la vivent comme une atteinte à leur devoir d’autodéfense. Les Etats-Unis veulent bien consulter leurs alliés. Ils le font mais, à l’heure de la décision, ils entendent décider seuls, pour le bien de l’Amérique donc du monde, et sans qu’une Cour pénale internationale ne vienne s’ajouter à l’Onu, Amnesty international, l’Union européenne et toute cette bande d’empêcheurs de gérer des continents irresponsables. Là, on comprend. On comprend qu’il faut défendre, becs et ongle, la Cour pénale.

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