Il y a deux mois maintenant, le 1er mai dernier, Georges Bush annonçait triomphalement la fin de la guerre d’Irak. A cette époque là, 76% des Américains considéraient que cette intervention était justifiée. Ils ne sont plus que 56% à le penser aujourd’hui et 62% d’entre eux, près des deux tiers des Américains, estiment désormais que la Maison-Blanche a soit « forcé la vérité » soit carrément menti en faisant état de preuves sur la détention d’armes de destruction massive par Saddam Hussein. En mai, l’écrasante majorité des Américains répondaient aux sondeurs que l’après-guerre irakien se déroulait bien mais, deux mois plus tard, c’est le pessimisme qui est majoritaire. Pour plus de 50% des Américains, les choses ne se passent « pas très bien » ou « pas bien du tout » et ce retournement de l’opinion est si sensible que le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, grand artisan de cette guerre, s’évertuait, lundi soir, à expliquer que l’Irak n’était pas un nouveau Vietnam. « C’est une époque différente. C’est une période différente. C’est un endroit différent », a-t-il martelé devant la presse. Oui, c’est vrai. Donald Rumsfeld a raison. Le Proche-Orient n’est pas l’Asie. Il n’y a pas de Nord-Irak pour combattre l’Amérique dans un Sud-Irak. La Guerre froide est finie. Il n’y a pas de Chine ni d’URSS pour soutenir et armer une guérilla irakienne. L’Histoire ne se répète pas aussi mécaniquement que cela pour les Etats-Unis mais les attaques contre leurs troupes, tirs et attentats, sont devenus quotidiennes, les arrestations et les perquisitions qu’elles suscitent sont très mal accueillies par une population dont le mécontentement croît sans cesse et les chefs religieux de la communauté chiite, 60% des Irakiens, réclament à cor et à cris des élections qu’ils gagneraient et que les Etats-Unis ne veulent pas organiser. Ce n’est pas l’embourbement mais, en Irak, un piège se referme sur Georges Bush, pertes militaires et baisse de popularité, et Tony Blair, son seul grand allié en l’affaire, a parallèlement perdu la confiance de 66% des Britanniques. Une crise politique rampante s’installe à Londres et si les prochaines élections n’ont lieu qu’en 2006 au Royaume-Uni, la campagne présidentielle américaine commence dans six mois et personne ne l’ignore au Proche-Orient, ni les mouvements ni les Etats qui auraient tout intérêt à voir cette intervention échouer. On n’a pas fini d’entendre parler de l’Irak mais le grand paradoxe de cette situation, d’une situation profondément inquiétante, est que les difficultés auxquelles la Maison-Blanche se heurte là ont un bon, un très bon côté. Dans les sables mouvants à Bagdad, Georges Bush, question de survie politique et de crédibilité internationale des Etats-Unis, doit impérativement marquer des points à Jérusalem. Nécessité fait loi et c’est, avant tout, pour cela, parce que Georges Bush et ses hommes exercent une énorme pression sur le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne que l’impossible paix devient possible, dans la plus étrange des équations.

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