C’est l’été, bientôt les vacances, un moment de pause au moins qui invite à réfléchir à l’événement le plus marquant de l’année, ce fiasco auquel a tourné l’intervention des Etats-Unis en Irak. L’Amérique s’y est embourbée. Au lieu d’y gagner en prestige, elle y a gravement compromis son image internationale et, loin de déboucher sur cette démocratisation de l’Irak qui devait faire souffler le vent de la liberté sur tout le Proche-Orient, cette guerre est en train de réinstaller à Bagdad un régime autoritaire dont le premier geste aura été le rétablissement de la peine de mort. Le constat n’est plus guère contesté mais à qui la faute ? Il ne suffit pas d’en accuser Georges Bush et son équipe. Ils ont conçu ce projet, tenu l’Onu pour quantité négligeable, ignoré les avertissements qui leur étaient prodigués de toutes part mais il y aussi, là, une culpabilité collective des démocraties, d’une idée reçue en Occident. Au prétexte que les valeurs de tolérance et de liberté sont universelles – et elles le sont – nous avons plus ou moins tous conclu, depuis la chute du communisme, que la démocratie pouvait se décréter et s’exporter, que seule la survivance de dictatures dépassées et notre propre lâcheté s’opposaient à son extension. Devant les révolutions d’Europe centrale et la chute du Mur de Berlin, devant cette facilité et cette euphorie de la liberté, nous avons oublié qu’entre le siècle des Lumières et le véritable établissement de la République française, il s’était écoulé près de 150 ans de guerres et de retours en arrière. Nous avons oublié que la démocratie américaine, comme la française d’ailleurs, a longtemps admis l’esclavage et toléré la discrimination raciale jusqu’aux années 60, que l’Etat de droit et la liberté ont toujours été de longs combats, toujours menacés et toujours recommencés. Nous avons surtout oublié que la démocratie ne peut s’enraciner que portée par des courants d’idées et des partis, une tradition pluraliste, l’évolution d’une société et de grands tournants historiques. A l’inverse, elle est fragile quand elle est exportée d’ailleurs, portée par des armées étrangères dans des pays qui ne l’ont pas encore mûrie. La greffe démocratique est alors susceptible d’un rejet nationaliste d’autant plus menaçant que le pays est pauvre et que la liberté ne peut y tenir sa promesse de bien-être. Même dans des pays européens et, naturellement, en Russie, les régressions politiques en témoignent mais est-ce à dire qu’il ne faudrait ne rien faire contre les dictatures, leurs oppressions et leurs bains de sang ? Non, évidemment pas, mais plutôt qu’aux interventions armées il faut recourir à la loi internationale, la développer, l’affirmer, que le monde criminalise vraiment les massacres d’Etat et que tous les mangeurs d’homme sachent qu’une Cour pénale internationale existe pour instruire leurs crimes et les juger un jour. « Zut une dictature ! Chic les marines ! » - ça ne marche pas, surtout quand les Etats-Unis bafouent eux-mêmes la loi internationale.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.