C’est comme un voyage dans le temps. A l’époque soviétique, la grande ambition de la diplomatie russe, la priorité de ses priorités, était de parvenir à « découpler » l’Europe des Etats-Unis, à enfoncer un coin dans l’Alliance atlantique pour affaiblir le camp occidental, et c’est avec cet objectif que Vladimir Poutine vient de renouer.

Dans un discours prononcé, hier, devant ses ambassadeurs, il n’a ainsi cessé de faire la différence entre les Etats-Unis et l’Europe, parlant chaleureusement de ses « collègues européens » et fustigeant « ceux qui continuent de prétendre à un rôle exceptionnel », autrement dit les Américains qui auraient installé l’Otan dans les bases russes de Crimée, a-t-il expliqué, si la Russie n’y avait pas repris pied en la réintégrant à son territoire.

Les « collègues européens », c’était essentiellement, évidemment, François Hollande et Angela Merkel avec lesquels le président russe est presque quotidiennement au téléphone depuis une semaine pour chercher un compromis sur la crise ukrainienne mais, comme aux temps soviétiques, c’est surtout la France qu’il a valorisée devant ses diplomates. A l’entendre, la France serait l’objet d’un « chantage » des Etats-Unis qui n’auraient infligé une amende record à la BNP que pour punir les autorités françaises de ne pas avoir renoncé à vendre à la Russie des navires de guerre, les Mistral, avec lesquels ses marins sont en train de se familiariser aujourd’hui à Saint-Nazaire.

A entendre cela, on se demanderait presque si Vladimir Poutine sait que la Guerre froide est terminée et que la France ne peut plus affirmer une singularité entre les deux superpuissances d’hier puisque le monde n’est plus divisé en deux blocs mais, qu’il ait ou non vu le temps passer, le président russe fait comme si le mur n’était pas tombé et cela a une signification qui est tout, sauf négligeable.

Cela veut dire qu’au-delà de ses déclarations répétées sur l’identité propre de la Russie, une identité eurasiatique qui ne ferait pas d’elle une nation européenne mais russe et suffisamment étendue pour n’appartenir à aucun autre monde, Vladimir Poutine ne veut pas rompre avec l’Europe mais garder avec elle un lien privilégié qui l’arrimerait aujourd’hui à l’Union européenne.

C’est une bonne nouvelle. C’est une aussi bonne chose pour l’Union que pour la Fédération de Russie, pour ces deux piliers du continent européen que tout devrait conduire à trouver un modus vivendi et développer une coopération économique et stratégique mais le problème est qu’on n’en est malheureusement pas là. Tout en restant pendu au téléphone avec Paris et Berlin, le président russe ne fait rien pour calmer l’ardeur guerrière des séparatistes pro-russes d’Ukraine orientale. C’est ce qui a conduit, lundi soir, le président ukrainien à refuser de prolonger une troisième fois la trêve unilatérale qu’il avait instaurée il y a dix jours. L’espoir d’un compromis s’en est éloigné.

Les combats ont repris de plus belle mais les ministres des Affaires étrangères français, allemand, russe et ukrainien ne s’en retrouveront pas moins aujourd’hui à Berlin. Les ponts ne sont pas rompus car la Russie, perplexe et perdue, arrogante et faible veut tout et son contraire.

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