Cette semaine est pour Bernard Guetta, celle du bilan de l’année internationale mais également de plus d’un quart de siècle, 27 ans en tout, de "Géopolitique"...

Oui, Nicolas. J’arrête. Je sais que je vous fâche. La tristesse avec laquelle vous me l’avez dit m’a beaucoup touché, comme m’ont bouleversé les lettres que j’ai reçues, ce week-end, de nombreux journalistes de Radio France. 

Je sais que je fâche notre direction et que je vais fâcher beaucoup de nos auditeurs qui ont déjà commencé à me le dire, plutôt vivement et droit au cœur, mais j’arrête car nous vivons, depuis 2016, de tels changements que je ne peux plus parler du monde sans reprendre ce qui est mon premier métier, celui de reporter, d’homme de terrain. 

L’élection de Donald Trump, le Brexit, la montée des nationalismes et des extrêmes-droites dans tous les pays occidentaux ou presque, la multiplication, aussi, des démocratures jusqu’au sein même de l’Union européenne, tout cela marque un changement d’époque au moins aussi important que celui de la chute du mur. Ce changement-là, celui de la fin de la Guerre froide, je l’avais vécu, dans les années 80, comme correspondant du Monde dans la Pologne de Solidarité, aux Etats-Unis de la Révolution conservatrice et dans l’URSS de Gorbatchev. 

J’étais armé pour en parler mais là, non. 

Je ne peux plus me sentir légitime car je n’ai pas vu de mes yeux vu, pas personnellement vécu, ces nouveaux basculements, ceux de l'Amérique et de l'Italie au premier chef, et repars donc, oreille tendue, carnet en main, à la découverte d’un monde nouveau et peu rassurant mais, trêve de bavardages, la première raison pour laquelle nous entrons dans un monde totalement nouveau est que l’Alliance atlantique est aujourd’hui fracturée. 

Tant qu’elle était solide, on pouvait la critiquer et dénoncer comme trop "atlantistes" des courants ou des personnalités politiques mais, maintenant qu’elle s’efface, car elle s’efface, on mesure son importance et le vide que son recul va créer. 

A l’heure même où la Chine s’apprête à bientôt devenir la première puissance économique du monde, à l’heure où la démographie occidentale recule tandis que la population africaine va devenir la plus nombreuse de toutes, à l’heure où la technologie n’est plus seulement occidentale et où l’armée chinoise monte en puissance à un rythme effréné, les Occidentaux s’offrent le luxe de se diviser. 

L’Amérique prend le risque de tourner le dos à l’Europe et cela ne tient pas qu’à M. Trump. 

Cela remonte à l’épouvantable et prévisible échec de l’aventure irakienne de George Bush, patente dès son second mandat. Sous Barack Obama ensuite et sous Donald Trump maintenant, les Etats-Unis ont en conclu qu’ils devaient penser d’abord à eux, pas plus à l’Europe qu’au Proche-Orient, mais à leur grand affrontement avec la Chine. 

Brutalité et vulgarité en plus, Donald Trump ne dit rien d’autre que ses prédécesseurs. L’Alliance sur laquelle reposait toute la stabilité internationale depuis la défaite nazie est irrémédiablement brisée. Tout est à réinventer et l’on y revient, jusqu’à vendredi.  

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