À l’issue d’une nouvelle journée de protestations pacifiques contre le gouvernement local, une partie des jeunes manifestants a violemment pris d’assaut et occupé, pendant plusieurs heures, le Parlement de Hong Kong, avant d’en être délogée par la police.

Un manifestant recouvre de peinture le symbole de la Région administration spéciale de Hong Kong, dans l’hémicycle du Conseil législatif occupé hier soir pendant plusieurs heures.
Un manifestant recouvre de peinture le symbole de la Région administration spéciale de Hong Kong, dans l’hémicycle du Conseil législatif occupé hier soir pendant plusieurs heures. © AFP / Anthony WALLACE / AFP

Le défi à l’autorité de Pékin ne pouvait pas être plus grand

Les jeunes qui ont envahi hier par la force le siège du Conseil Législatif de Hong Kong, ont accroché le drapeau de l’époque coloniale britannique. Une manière on ne peut plus claire de signifier leur refus de l’autorité chinoise, synonyme pour eux de suppression des libertés.

Il y a 22 ans jour pour jour, pourtant, dans la joie et la fierté, le drapeau britannique était descendu une dernière fois, alors que la Chine reprenait possession de ce territoire perdu 150 ans plus tôt. Les Hongkongais avaient été rassurés par la promesse d’autonomie, garantie pour cinquante ans en vertu du principe « un pays, deux systèmes ».

Hier, une partie de la jeunesse de Hong Kong, cette génération qui n’a connu que la Chine, s’est révoltée de manière spectaculaire et radicale contre un pouvoir local, en principe autonome, mais totalement inféodé à Pékin.

Des scènes sans précédent dans ce territoire avec de jeunes manifestants casqués et masqués, enfonçant à coup de bélier les portes vitrées du Parlement local, couvert de slogans et dévasté. La police est intervenue massivement dans la nuit pour reprendre le contrôle du bâtiment.

Il faut savoir que ce Parlement local, attaqué dans la soirée, n’est pas pour eux un symbole de démocratie, mais au contraire le signe de ses limites. Non seulement les députés élus au suffrage universel sont minoritaires, privant les démocrates d’une victoire assurée, mais surtout, aux dernières élections, des jeunes élus contestataires qui refusaient de prêter allégeance à la Chine ont été exclus de l’Assemblée.

Ces jeunes s’appellent les « localistes », c’est-à-dire attachés à l’identité hongkongaise par opposition à celle de la Chine que Pékin tente de leur inculquer depuis vingt-deux ans. Ce mouvement est né de l’échec de la « révolution des parapluies », le précédent grand soulèvement pro-démocratie en 2014. Ils ont été galvanisés par le récent suicide de trois d’entre eux, qui ont laissé des messages politiques explicites.

Les événements d’hier sont la suite d’un mouvement lancé contre un projet de loi permettant les extraditions vers la Chine continentale. Pour les Hongkongais, cette loi menaçait leur autonomie, et jusqu’à deux millions de manifestants ont protesté, obtenant sa suspension.

Certains à Hong Kong se demandent si le pouvoir ne vas pas tirer avantage des dégradations pour tenter de dresser les Hongkongais contre les jeunes protestataires. Lors d’une conférence de presse tenue à 4h du matin, c’est ce qu’a martelé Carrie Lam, la cheffe de l’Exécutif de Hong Kong, dont les manifestants demandent la démission.

Dans le camp démocrate, des voix regrettaient, hier, ces violences qui ont occulté la manifestation pacifique de 500 000 personnes le même jour. Certains y voient même un piège tendu au mouvement pour le diviser, la sécurité ayant été étonnamment défaillante au Conseil Législatif.

Mais la défiance est telle qu’une réponse de Pékin est nécessaire : comment reprendre le contrôle de ce territoire devenu insoumis, sans pour autant enfreindre trop ouvertement son autonomie ?

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