La France a annoncé hier son retrait temporaire de l’opération de surveillance maritime de l’OTAN en Méditerranée, une manière de faire pression sur la Turquie. Une étape de plus dans l’escalade diplomatique française contre la stratégie turque en Méditerranée orientale.

La France s’est retirée temporairement de l’opération « Sea Guardian » de l’OTAN en Méditerranée, faute de pouvoir contrôler les cargos escortés par la flotte turque.
La France s’est retirée temporairement de l’opération « Sea Guardian » de l’OTAN en Méditerranée, faute de pouvoir contrôler les cargos escortés par la flotte turque. © AFP / Mario GOLDMAN / AFP

Pour employer une métaphore du langage militaire, la France procède à une « riposte graduée ». Après des déclarations de plus en plus fortes, la France a annoncé hier son retrait temporaire de l’opération de surveillance maritime de l’OTAN en Méditerranée, baptisée « Sea Guardian ».

La cause en est évidemment la Turquie, et surtout la réponse non concluante de l’OTAN sur la plainte française après un incident naval franco-turc, et sur le rôle d’Ankara en Libye, et plus largement en Méditerranée orientale.

Se retirer d’une opération militaire est un peu plus qu’un geste purement symbolique, mais ça laisse une marge d’escalade jusqu’à la crise ouverte si, comme on le redoute à Paris, l’OTAN, dirigée par les Américains, ne bouge pas.

C’est devenu une priorité diplomatique à Paris, et la suite de cette affaire dépendra en partie de la capacité de la France à être suivie par les autres pays européens, plus prudents.

La guerre de Libye n’est que partiellement à l’origine de cette tension. Il est vrai que les succès militaires remportés par le gouvernement de Tripoli, grâce au soutien déterminant de la Turquie, face aux troupes du chef militaire Khalifa Haftar, ont provoqué cette poussée de fièvre. La France a longtemps encouragé le maréchal Haftar, et est proche de ses soutiens, l’Égypte et les Émirats arabes unis en particulier.

Hier, le retrait de la mission de surveillance en Méditerranée était justifié par la France par l’incapacité des navires de l’OTAN à contrôler les cargos qui transportent des armes pour Tripoli en violation de l’embargo de l’ONU ; cargos qui sont escortés par la flotte turque, membre, elle aussi, de l’OTAN.

Mais les raisons sont plus vastes, et si la posture française semble surtout dictée par la situation en Libye, c’est l’influence turque en Méditerranée orientale qui est en jeu. Et l’ambition d’Ankara de redécouper les zones économiques maritimes, et leurs possibles ressources gazières, aux dépens de membres de l’Union européenne, comme la Grèce ou Chypre. La France se veut le porte-parole des intérêts européens, face à un expansionnisme turc qui ne dit pas son nom.

L’OTAN est le lieu de toutes les contradictions à l’heure actuelle. Longtemps, ce cadre militaire a permis d’apaiser les antagonismes, comme entre la Grèce et la Turquie ; mais les incohérences de l’administration Trump l’ont transformé en un bâteau ivre. En état de « mort cérébrale » avait dit le Président français Emmanuel Macron l’an dernier…

Ce sont ces contradictions que veut aujourd’hui dénoncer la France en haussant le ton. Mais les autres Européens sont plus prudents. La semaine dernière, l’Allemagne et l’Italie se sont joints à la France pour publier un communiqué commun contre les « ingérences étrangères » en Libye. Mais là où Emmanuel Macron dénonce de manière virulente la Turquie, et elle seule, le communiqué à trois ne nommait personne.

La stratégie française n’est pas encore totalement lisible, en raison du brouillage de son attitude partisane en Libye. Mais en s’éloignant de Haftar pour en faire une crise méditerranéenne, et une défense des intérêts européens, Paris pourrait redéfinir l’enjeu. Et forcer tout le monde à se déterminer, Américains, Européens, et bien sûr, la Turquie.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.