Il y a trois choses à lire dans le déroulement de ce G-8, du sommet annuel des sept pays les plus riches du monde et de la Russie. La première est le mélange d’arrogance et de fragilité des Etats-Unis. Déjeuner avalé, Georges Bush quitte Evian cet après-midi, n’ayant fait que passer, repartant bien avant la fin de cette réunion. On imagine mal comportement plus cavalier mais pourquoi Georges Bush s’en va-t-il si vite ? Ce n’est pas seulement pour affirmer que les Etats-Unis définissent seuls leur politique internationale. C’est aussi, surtout, parce que la situation ne cesse de se compliquer en Irak et qu’il apparaît de plus en plus évident que la Maison-Blanche avait délibérément menti sur l’importance, si ce n’est l’existence, des stocks d’armes de destruction de masse qu’aurait détenus Saddam Hussein. Chaos à Bagdad, indignation montante à Washington, si l’un et l’autre ne sont pas vite endigués, ce n’est pas Georges Bush qui remportera, dans dix-huit mois, la prochaine présidentielle américaine et son successeur héritera d’un pays embourbé au Proche-Orient et affaibli par une crise de crédibilité. Il faut renverser la vapeur. L’Amérique doit, évidemment, calmer le jeu en Irak mais Georges Bush doit faire plus. Il lui faut pouvoir achever son mandat sur un succès si éclatant qu’il justifie, à posteriori, cette guerre et ce succès majeur, seule une amorce de règlement israélo-palestinien peut le lui apporter. D’où l’importance capitales des deux autres sommets pour lesquels il abandonne Evian, celui de Charm al-Cheikh, demain, en Egypte, avec les dirigeants arabes, et celui d’Aqaba, mercredi, en Jordanie, avec les Premiers ministres israélien et palestinien. Avec ces deux rendez-vous, Georges Bush entame une difficile partie qu’il a peu de temps pour gagner. Cela vaut bien d’oublier la politesse mais cette désinvolture n’est pas un signe de force. Deuxième enseignement du G-8, la compétition franco-américaine demeure toujours aussi vive et profonde. Les deux Présidents se sont serrés la main. Ils auront un tête-à-tête ce matin. Georges a même fait cadeau à Jacques de livres sur les Indiens mais en invitant à Evian la Chine, l’Afrique, le Brésil et les représentants du monde en développement, le Président français a tranquillement redit que ce n’était pas la puissance mais la concertation qui devait gouverner ce siècle. Jacques Chirac a, ainsi, créé un fait accompli. Il sera difficile aux Etats-Unis, organisateurs du prochain G-8, de ne pas réitérer ce geste, mais ce n’est pas tout, la France a également appuyé, hier, l’idée brésilienne de taxer les ventes d’armes pour alimenter un fond contre la faim- de créer un impôt mondial pour contribuer à résoudre un problème mondial. Ce n’est pas exactement le genre d’idées dont on raffole à la Maison-Blanche. C’était une pierre dans le jardin américain et, au passage, Jacques Chirac a relevé le défi que Georges Bush avait lancé à l’Europe, en annonçant que la France triplerait ses engagements financiers dans la lutte contre le Sida. L’ensemble de l’Union européenne a aussitôt suivi. La compétition euro-américaine, a du bon, c’était la troisième leçon d’Evian.

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