Rien ne s’est passé comme prévu mais, au total, le résultat est plutôt encourageant. En principe, ce gouvernement intérimaire dont l’Irak devait être doté le 30 juin mais qui est entré en fonction dès hier, avec un mois d’avance, aurait du être formé par l’envoyé spécial de l’Onu, Lakhdar Brahimi. C’est ce qui était décidé. C’est à ce quoi s’attendaient les Irakiens et toutes les grandes capitales mais il n’en a rien été. Lakhdar Brahimi et, à travers lui, l’Onu ont été mis, en réalité, devant le fait accompli, vendredi, lorsque les membres du Conseil de gouvernement, l’organisme mis en place il y a onze mois par les Américains, se sont mis d’accord sur la nomination de l’un des leurs, le chiite Iyad Allaoui, au poste de Premier ministre. A ce moment là, on eut le sentiment, en Irak comme dans le reste du monde, que les Etats-Unis imposaient leurs décisions et court-circuitaient l’Onu grâce à leurs hommes du Conseil de gouvernement. C’est sans doute ce qu’on a également cru à Washington mais il arrive que les marionnettes échappent à leurs maîtres. Ayant décidé d’exister par lui-même et de prouver son indépendance, s’étant enhardi, le Conseil ne s’est en effet pas arrêté en si bon chemin. Se rebellant, cette fois-ci contre les Etats-Unis et Lakhdar Brahimi à la fois, ses membres ont imposé, hier, un autre des leurs au poste de chef de l’Etat, le sunnite Ghazi al-Yaouar auquel les Américains comme l’Onu aurait préféré un autre sunnite, l’ancien ministre des Affaires étrangères Adnan Pachachi. Hier encore, à cette heure, le suspens était complet, une totale confusion politique régnait à Bagdad, mais non seulement le Conseil de gouvernement l’a emporté mais le Premier président irakien de l’après-Saddam a aussitôt appelé le Conseil de sécurité à rendre sa pleine souveraineté à l’Irak. Le nouveau Premier ministre a abondé en ce sens et il n’est pas impossible que leur ministre des Affaires étrangères, dépêché aujourd’hui même à l’Onu, y plaide pour que soient reconnus les pleins pouvoirs à ce gouvernement intérimaire qui doit organiser des élections en décembre prochain. Tout cela s’est passé sur fond de nouveaux attentats. L’aube, bien loin de là, ne se lève pas sur l’Irak mais cette équipe gouvernementale est aussi représentative que possible, de bonne qualité et, apparemment, décidée à se légitimer en prenant son indépendance. C’est un premier pas, insuffisant mais indispensable, et qui pourrait, maintenant, permettre au Conseil de sécurité d’adopter une résolution satisfaisante sur le statut des forces d’occupation et leurs rapports avec les autorités irakiennes. C’est ce qu’il faut souhaiter. On verra et, en attendant, on peut courir acheter, aujourd’hui, la traduction française d’un étonnant document sur Georges Bush, le témoignage de Paul O’Neill qui fut, deux ans durant, son secrétaire au Trésor. C’est un vrai reportage, à chaud, d’un conservateur éclairé qu’on sent encore, à chaque page, éberlué… Comment dire ? Disons par la très grande limite intellectuelle d’un Président qu’il décrit comme « un aveugle entouré de sourds ». C’est aux éditions Saint-Simon et c’est à lire.

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