La messe est dite. Grièvement blessé, dimanche, par le « non » français, le projet de « Traité établissant une constitution pour l’Europe » l’a mortellement été, hier, par l’ampleur du rejet néerlandais. Ce projet est désormais mort-né car même en admettant que le « oui » puisse l’emporter lors des référendums à venir, au Luxembourg en juillet, au Danemark en septembre, en Pologne et au Portugal à l’automne, on imagine désormais mal que le référendum britannique de 2006 puisse ne pas déboucher sur un « non ». Avec le seul rejet français, Tony Blair aurait pu arguer qu’un texte dont les Français n’ont pas voulu ne pouvait pas être mauvais, qu’il y avait, là, une preuve que cette Constitution n’accoucherait pas de l’Europe fédérale, étatiste, française dont on ne veut pas en Grande-Bretagne. Avec ces 62% de « non » néerlandais, avec deux pays fondateurs qui n’ont pas voulu de ce projet, c’est tout différent. En disant « non », les Britanniques n’ont plus à craindre l’isolement de leur pays. Ils ont à portée de main l’Europe qui leur convient, non pas une Europe-puissance mais une Europe marché, alors pourquoi iraient-ils dire « oui » quand les réticences de l’opinion sont si profondes et que la presse, très majoritairement conservatrice, est vent debout contre cette Constitution qu’elle dénonce comme centralisatrice, socialisante, quasiment soviétique ? La page est tournée. Comme le Financial Times le constatait sans désespoir, dès avant le vote néerlandais, la deuxième tentative de bâtir une Europe politique vient d’avorter et la seule question qui reste à trancher est celle des obsèques. Comment les organiser ? C’est le seul point en débat. Vaut-il mieux que le Conseil européen des 16 et 17 juin prochains délivre le permis d’inhumer ou décide, au contraire, de la poursuite du processus de ratification ? A l’heure qu’il est, les capitales européennes penchent pour la seconde solution qu’on aussitôt prônée, hier soir, le Luxembourg, la France et l’Allemagne. La France préférerait de beaucoup qu’une lente agonie fasse oublier que la première blessure infligée à la Constitution l’a été par elle. Chacun hésite à reconnaître la crise et sa profondeur alors que personne n’a encore la moindre idée des bases, du consensus, sur lesquels l’Union pourrait se chercher un nouveau départ ou même mijoter au bain marie. Les petits pays, enfin, ne veulent pas n’avoir rien à dire au motif que Français et Néerlandais se sont exprimés. Tout pousse à faire semblant de ne pas voir que l’encéphalogramme est plat mais, d’un autre côté, Tony Blair n’a aucune envie d’organiser un référendum qu’il perdrait, la droite polonaise souhaite qu’on en reste au Traité de Nice qu’elle avait défendue bec et ongles et beaucoup de gouvernements commencent à craindre la contagion du « non » et les désaveux qu’elle leur infligerait. Tout pousse donc, d’un autre côté, à arrêter là les frais et, en tout état de cause, le projet européen aurait sans doute plus à perdre encore à dix-huit mois de faux semblants qu’au constat d’une crise qui placerait chacun devant ses responsabilités. Entre deux maux, ce serait sans doute le moindre mais la certitude est que c’est le projet européen lui-même qui est, maintenant, en danger.

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