Le plus important est ce qui n’est pas dit. Après avoir mis la dernière main, hier, aux offres qu’elles s’apprêtent à faire à l’Iran en échange de la suspension de ses opérations d’enrichissement d’uranium, les grandes puissances auraient, logiquement, dû les rendre publiques. Or elles n’en ont rien fait. « Propositions de grande portée », a seulement dit la ministre britannique des Affaires étrangères au nom de ses collègues français, allemand, américain, russe et chinois, mais on ne connaît officiellement rien de leur détail car l’Europe, l’Amérique, la Chine et la Russie ont décidé d’en réserver la primeur aux Iraniens. Elles l’ont délibérément fait car elles souhaitaient éviter de donner l’impression à l’Iran que c’était à prendre ou à laisser, qu’il n’avait qu’à accepter ou s’attendre aux pires ennuis, et ne voulaient pas risquer, surtout, que Téhéran commente immédiatement ces propositions, les dise insuffisantes ou inacceptables, et qu’il n’y ait alors plus rien à discuter. C’est à huis clos que ces offres seront maintenant présentées aux Iraniens, discrètement, posément, de manière à pouvoir en souligner la dynamique et de donner le temps au régime iranien d’en débattre entre ses différents courants qui s’opposent sur ce dossier. Cette prudence des grandes puissances marque ainsi leur volonté de résoudre cette crise par les moyens de la diplomatie. Elle montre à quel point elles sont toutes conscientes, y compris l’Amérique, de la gravité de l’enjeu et des dangers qu’il comporte. Les Iraniens auront maintenant un choix à faire. Ou bien ils considèreront qu’ils ont, après tout, réussi à ce que les Américains se disent prêts à engager des négociations directes avec eux, à donner leur feu vert à leur entrée dans l’Organisation mondiale du commerce et à envisager des coopérations techniques avec leur pays, y compris dans le nucléaire civil, et ils se donneront alors les moyens de garantir au monde qu’ils ne veulent pas passer de l’énergie nucléaires aux bombes atomiques. Ou bien ils estimeront, seconde hypothèse, que rien de tout cela n’est bien intéressant pour eux et les grandes puissances seront alors définitivement fondées à croire que le premier objectif de la République islamique est bel et bien de se doter de l’arme nucléaire et auront à en tirer des conséquences qui pourraient, un jour, être militaires. La réponse se jouera à Téhéran. Tout est ouvert mais il est frappant de voir, en attendant, à quel point la donne internationale a changé depuis les mois qui avaient précédé la guerre d’Irak. Pour les Etats-Unis, l’Iran n’est plus vitupéré comme maillon de l’axe du mal mais un pays à sortir de son isolement, avec lequel il vaudrait le coup de parvenir à un accord. Loin, cette fois-ci, d’agir seule, l’Amérique a fait tous les gestes d’ouverture qui ont permis d’assurer l’unité des grandes puissances dans cette affaire. Et puis, enfin, ce sont la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, les trois puissances européennes hier divisées par l’Irak qui ont permis, ensemble, à la diplomatie de l’emporter. Dans cette partie, le principal acteur a un nom. C’est l’Europe.

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