Encore deux jours et les primaires démocrates se seront achevées. Hillary Clinton en a remporté une, hier soir, à Porto Rico. Sauf démenti des sondages, Barack Obama devrait s’adjuger, lui, les deux dernières, demain, dans le Montana et le Dakota du Sud. Sur fond de déficits budgétaires, de difficultés économiques frisant la récession et d’une formidable inquiétude, surtout, sur le recul de leur pays dans le monde, les Américains vivent les dernières heures d’un combat jamais vu, opposant une femme à un métis de père kenyan – une ancienne Première dame dont la victoire semblait certaine à un quadragénaire qui avait déjoué tous les calculs, en janvier, en arrivant en tête dans l’Iowa, Etat rural peuplé à 92% de Blancs. Depuis, le suspens a été haletant mais il tire à sa fin. Ni la sénatrice de New York ni le sénateur de l’Illinois n’auront, demain soir, assez de délégués pour devenir, de droit, le candidat démocrate mais l’avance de Barack Obama est telle que les élus et les permanents du parti, les super-délégués, devraient s’être bientôt rangés à ses côtés en assez grand nombre pour lui donner une majorité. L’appareil et les élus démocrates ne veulent plus que la prolongation de ce combat puisse favoriser les Républicains. Même si Hillary Clinton traînait à reconnaître sa défaite, tout laisse penser que la vraie bataille, la campagne présidentielle, opposera Barack Obama à John McCain, le candidat républicain, et qu’on y entrera cette semaine. Les électeurs ne trancheront que le 4 novembre. Tout peut bouger, bien sûr, d’ici là mais le visage des Etats-Unis pourrait bel et bien changer l’année prochaine, bien plus radicalement encore qu’avec l’élection d’une femme, car tout porte aujourd’hui le sénateur de l’Illinois vers la Maison-Blanche. Ce n’est pas seulement que les sondages donnent les Démocrates gagnant dans tous les cas de figure. C’est aussi que l’énergie de Barack Obama fera cruellement ressortir l’âge de son concurrent républicain, que l’Amérique a envie de se prouver qu’elle pourrait élire un président noir, qu’elle ressent le besoin de montrer au monde qu’elle est restée le pays de tous les possibles et que l’Irak pèsera lourd dans la balance. L'évolution n'y est pourtant pas mauvaise. Les choses n’y vont de plus en plus mal. Après un mauvais mois d’avril qui avait vu rebondir le nombre des attentats, le dernier mois écoulé vient de confirmer le lent mais spectaculaire recul du nombre de victimes tant dans les rangs américains que dans la population civile. L’envoi de renforts, leur concentration à Bagdad et les assurances que les Etats-Unis ont fini par donner aux sunnites produisent des résultats mais, alors que John McCain les brandit pour dire qu’il ne faut pas baisser les bras, l’Amérique ne veut plus entendre parler de cette guerre. Elle veut en tourner la page et c’est le grand atout de Barack Obama, l’homme qui avait dit qu’il ne fallait pas l’engager.

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