Comment la droite américaine voit-elle aujourd’hui les Etats-Unis, le monde et leurs relations ? L’une des têtes pensantes de ce courant, un ancien et brillant diplomate dont l’influence est grande à Washington était hier à Paris et ses analyses valaient d’être entendues.

Sur le Proche-Orient et la Russie, disait-il, les Etats-Unis n’ont simplement pas de politique et, vis-à-vis de la Chine, celle qu’ils mènent est totalement erronée. Sur les trois plus grands dossiers du moment, l’Amérique serait ainsi dans le noir mais reprenons, point par point.

Sur le Proche-Orient, dit-il, nous avons commis l’une des plus grandes erreurs de notre histoire en intervenant en Irak. Nous y avons ensuite fait tout ce qu’il ne fallait pas faire car nous n’avions pas le moindre idée de la manière dont il aurait fallu procéder et lorsque nous sommes enfin parvenus à nous réconcilier avec les sunnites et à jeter les bases d’un nouvel Irak unitaire, Barack Obama a rappelé nos troupes, comme il s’y était engagé devant les électeurs.

Nous ne pesons désormais plus à Bagdad, poursuit-il, et cela alors même que le rapport de forces régional s’est totalement déséquilibré en faveur de l’Iran et des chiites et au détriment de l’Arabie saoudite et des sunnites. Bien... Mais faut-il alors souhaiter ou non arriver à un compromis avec l’Iran sur la question nucléaire ?

Celui qui s’esquisse n’est pas bon, répond-il, mais il vaut mieux qu’un bombardement des sites iraniens et au moins faudra-t-il une année à l’Iran entre une décision de se doter de la bombe et le moment où il pourrait y parvenir. Mais ensuite ?... Eh bien il n’en sait rien, il ne voit pas et, si sunnites et chiites sont partis pour une guerre de Cent ans… Alors là…

Bon... La Russie ? Pas d’illusion à se faire dit-il. Poutine veut toute l’Ukraine, pas seulement ses provinces orientales, et les sanctions économiques n’y changeront rien Il faudrait, à ses yeux, pouvoir convaincre le président russe que l’Otan ne veut pas s’étendre jusqu’aux frontières de la Russie mais il en est tellement convaincu que rien ne le fera changer d’avis. Conclusion ?... Que faudrait-il faire ? Ne pas jeter la Russie dans les bras de la Chine, finit-il par dire. Oui, certes mais comment ? Il n’en sait trop rien.

La Chine, alors ? Les Chinois, explique-t-il, veulent évincer les Etats-Unis d’Asie pour la dominer entièrement. Il faudrait donc leur parler vrai, leur dire qu’elles sont les lignes à ne pas franchir sous peine de représailles économiques dont les Etats-Unis ne souffriraient pas moins qu’eux mais qui coûteraient pourtant moins cher que de les laisser mettre la main sur l’Asie. L’ennui, ajoute-t-il, est que l’Amérique croit encore pouvoir faire évoluer la Chine en en faisant un partenaire économique privilégie alors que cela ne fera que la renforcer.

C’est un conservateur républicain, averti mais très conservateur, qui parle là. Sur Vladimir Poutine qui n’est pas en aussi bonne posture qu’il le croit, son hostilité à Barack Obama biaise son regard mais il y a beaucoup de vrai dans ce qu’il dit. L’Amérique, oui, est dans le noir.

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