Si vous avez une carte à portée de la main, ouvrez-là : une bataille, normalement, c'est avant tout une affaire de géographie...

Par Anthony Bellanger.

Depuis hier, Anthony, en Irak, la « bataille de Fallujah » a commencé et elle est décisive...

Si vous avez une carte à portée de la main, ouvrez-là : une bataille, normalement, c'est avant tout une affaire de géographie. Fallujah est une ville irakienne d'une centaine de milliers d'habitants mais qui aujourd'hui n'en comptent plus que 40 000.

La cité se situe en terrain dégagé et à une quarantaine de kms de Bagdad, donc sans véritable difficulté militaire. La ville a été prise en janvier 2014 par l'Etat islamique et un millier de combattants y serait retranchés empêchant 20 000 civils de s'en échapper.

En face, il y a les Américains, leurs drones et leur chasse, l'armée irakienne qui y a concentré des milliers de soldats, les iraniens qui « conseillent » et même des milices chiites dont tout le monde se méfie mais dont la valeur militaire est indéniable.

En clair, vous pouvez refermer la carte : cette « bataille de Fallujah » qui a commencé ne peut pas être perdue par le gouvernement de Bagdad qui y joue sa crédibilité militaire et même son avenir politique. Fallujah tombera coûte que coûte.

Ce n'est pas plutôt Mossoul qu'il faudrait reprendre ?

Effectivement, ce serait plus malin : Mossoul c'est la 2nde ville du pays, ce sont plusieurs millions d'habitants et ça signerait une lourde défaite pour l'Etat islamique. Mais, symboliquement et médiatiquement, Fallujah est au moins aussi importante.

D'abord Fallujah est une ville sunnite dans un pays, l'Irak, majoritairement chiite. Or l'Etat islamique se veut le califat des sunnites et professe la haine des chiites. La chute de Fallujah la sunnite sera donc un coup porté au prestige des djihadistes.

Ensuite, Fallujah c'est la ville symbole de l'insurrection irakienne face à l'occupation américaine de 2003. C'est à Fallujah qu'en avril 2004, quatre soldats américains avaient été tués et leurs corps trainés dans les rues. Humiliation cuisante pour l'US Army.

La ville avait été reprise en décembre 2004. Bilan : 50 soldats américains et plus de 1 200 combattants rebelles tués. Tous les Américains connaissent le nom de Fallujah. Tout est donc dans le symbole et la couverture médiatique de cette bataille.

Quelle peut être la stratégie de l'Etat islamique ?

C'est assez simple : comme la bataille ne peut pas être gagnée, il faut le plus de victimes possibles au sein des forces irakiennes qui reprennent la ville quartier par quartier, histoire que la facture politique soit très lourde pour le gouvernement irakien.

Il faut aussi beaucoup de victimes dans la population civile et donc provoquer les milices chiites, les pousser à multiplier les exactions, histoire cette fois de creuser un peu plus le fossé entre sunnites et chiites irakien.

Enfin, il faut contrattaquer, soit en commettant des attentats suicides soit en tentant de reprendre une ville en Syrie, le long de la frontière turque, par exemple. C'est ce qu'a essayé de faire l'Etat islamique ces derniers jours, sans succès.

La victoire a belle et bien a changé de camp, en Irak comme en Syrie.

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