La décision de Twitter d’ajouter des mises en garde sous deux tweets de Donald Trump a lancé un vif débat dans lequel Twitter et Facebook sont en désaccord. Un débat dont l’enjeu est nos libertés d’expression et d’informer.

Le premier des deux tweets de Donald Trump qui ont déclenché la polémique, Twitter ayant ajouté un avertissement invitant les lecteurs à vérifier les informations du Président.
Le premier des deux tweets de Donald Trump qui ont déclenché la polémique, Twitter ayant ajouté un avertissement invitant les lecteurs à vérifier les informations du Président. © AFP / JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

La polémique entre Donald Trump et Twitter peut faire sourire, ou sembler déplacée au regard des problèmes de l’Amérique. Elle est pourtant très sérieuse, et a des retombées à l’échelle mondiale, tant la place des Facebook, Twitter, YouTube, et autres plateformes numériques est devenue considérable dans nos vies, dans les mouvements sociaux ou même dans les relations entre États.

Reprenons l’histoire : Twitter, le réseau favori de Trump, sur lequel il s’adresse chaque jour à 81 millions d’abonnés, a commis un crime de lèse-majesté. La direction du réseau a placé deux avertissements sur deux tweets du Président, l’un pour mettre en garde sur la véracité de son propos, l’autre pour prévenir qu’il pourrait y avoir incitation à la violence. C’est sans précédent et Trump a réagi avec fureur.

Il a signé un « Executive order », un décret présidentiel sur la « prévention de la censure en ligne », c’est son titre ! Et a engagé une procédure qui pourrait retirer aux plateformes numériques leur exonération de responsabilité sur les contenus qu’elles publient. En clair, là elles sont aujourd’hui considérées comme de simples « tuyaux », elles pourraient devenir responsables pénalement de tout ce qui se publie sur leurs plateformes, une véritable révolution.

Ce décret a provoqué un énorme débat, mais aussi beaucoup de confusion : la personnalité clivante du Président brouille les cartes, surtout à l’approche des élections.

Mais le plus intéressant est ce qui se passe au sein des plateformes numériques elles-mêmes. La surprise est venue de Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook, qui s’est rangé, de fait, du côté du Président, en prenant le contrepied de Jack Dorsey, le fondateur de Twitter.

« Facebook ne doit pas devenir l’arbitre de la vérité », a déclaré Marc Zuckerberg, indiquant par là qu’il ne lui appartient pas de « modérer », comme on dit, l’expression de Donald Trump sur les réseaux sociaux. Plusieurs cadres de Facebook ont publiquement exprimé leur désaccord avec leur patron, mais celui-ci redoute trop de régulation, voire un démantèlement de Facebook comme le réclament certains démocrates, et choisit la prudence.

Ces plateformes occupent une telle place dans le débat public que l’enjeu est ni plus ni moins que la liberté d’expression et la liberté d’informer, qui sont deux choses différentes.

Autant la responsabilités des médias est clairement définie, celle des plateformes numériques est plus floue. Car si Zuckerberg ne veut pas être « l’arbitre de la vérité », et c’est bien ainsi, il l’est devenu de fait ; l’algorithme de Facebook influence considérablement ce que nous lisons, ou ne lisons pas dans nos flux.

Et surtout, si un équilibre doit être trouvé entre la liberté et la responsabilité, il est très complexe de définir qui doit être responsable. Dans un monde de fake news y compris présidentielles, de manipulations, et d’émotions, il est dangereux de laisser cette seule responsabilité aux plateformes, et de ce point de vue Donald Trump n’a pas tort, même s’il a ses arrières pensées. 

Il a en tous cas déclenché un débat salutaire, que nous devons avoir aussi en Europe.

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