La guerre est finie. On s’en était aperçu avant que Georges Bush ne le proclame hier mais, six semaines après qu’elle eut commencé, où en est le monde ? Il est comme sonné, encore incapable de digérer ce premier conflit du siècle tant les questions qui se posent aujourd’hui demeurent sans réponses. Sur le champ de bataille, en Irak, il n’y a plus de combats mais, si heureux qu’ils aient été d’être débarrassés de Saddam Hussein, les Irakiens ne portent pas les Américains en triomphe. Ils les observent à distance, attendent de voir. Les manifestations d’hostilité à leur égard sont rares. Sauf à Falloujah, elles sont restées sans conséquences mais cela ne signifie pas que la stabilisation soit proche. Les chiites, la majorité de la population, sont en ébullition. Ils veulent prendre les commandes du pays. Beaucoup d’entre eux revendiquent l’établissement d’un régime islamique. Dans le Nord, les Kurdes chassent les Arabes des villes dont ils avaient été eux-mêmes expulsés par Saddam et les Etats-Unis semblent encore hésiter sur la conduite à tenir. Leur idée est de faire de l’Irak une fédération, un seul Etat pour trois régions, kurde, sunnite et chiite, mais cette solution comporte de tels dangers d’éclatement du pays, de rapprochements entre les chiites irakiens et l’Iran chiite et de renaissance du grand rêve d’unité entre les Kurdes d’Irak, de Turquie, d’Iran et de Syrie, qu’on ne sait pas combien de temps les Américains voudront rester à Bagdad. A se retirer sous quelques mois, ils risqueraient de laisser se créer un chaos bien plus inquiétant encore que Saddam Hussein mais, à l’inverse, ils pourraient, à s’éterniser, devenir rapidement comptables d’un Proche-Orient déstabilisé. Il leur faut de l’aide, des relais, impliquer l’Onu dans l’après-guerre, passer des marchés avec les Iraniens et les Syriens. Tout cela est jouable, mais il faudrait, pour cela, en revenir à la concertation internationale et à la sécurité collective. Colin Powell, la chef de la diplomatie américaine, y pousse. Les Britanniques également mais, entre ses faucons et ses diplomates, Georges Bush n’a pas encore tranché. L’Amérique hésite entre sa tentation solitaire et un retour à des démarches plus classiques et le monde est suspendu à ce choix. Convaincu qu’il n’y a rien d’autre à faire que de coller aux Américains pour peser sur leurs décisions, Tony Blair ne veut rien faire qui puisse leur déplaire. Il veut pouvoir être entendu et c’est pour cela qu’il ferraille aussi dur contre la France, manière de marquer son camp, et s’oppose, avec tant d’ardeur, à toute idée d’affirmation politique de l’Europe. La France, elle, attend le moment où les Etats-Unis auront besoin d’alliés, proteste de son amitié pour l’Amérique mais martèle sous toutes les latitudes son attachement à la primauté de l’Onu et à la construction d’une Défense européenne, bras armé d’une puissance européenne. Le paradoxe est que, dans cette bataille, la France et la Grande-Bretagne sont toutes deux privées de ce qui devrait être leur atout, l’unité de l’Europe, si divisée par leur conflit que ni Jacques Chirac ni Tony Blair ne peuvent se prévaloir d’elle à Washington, ni dans le dialogue ni dans l’opposition.

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