Ce n’est pas seulement du bluff. Quand le Président américain dit et répète que toutes les options sont ouvertes face à l’Iran et ses ambitions nucléaires, il ne fait pas qu’agiter une menace militaire pour augmenter la pression diplomatique sur Téhéran. Les Etats-Unis ne se préparent pas, déjà, à envoyer leurs bombardiers sur les sites iraniens mais ils n’excluent maintenant plus d’avoir à le faire un jour, sous quelques mois, car un consensus se forme, à Washington, sur la nécessité de relever ce défi. L’état d’esprit change, au congrès, car, républicains ou démocrates, anciens partisans ou anciens adversaires de l’intervention en Irak, de plus en plus de figures des milieux dirigeants américains s’alarment de voir l’embourbement de leur pays à Bagdad diminuer son autorité sur la scène internationale. Lien direct ou concomitance, ils voient la Russie transformer ses ressources énergétiques en instrument de puissance et reprendre pied dans les anciennes républiques soviétiques ; la Chine affirmer son influence diplomatique et s’allier, dans sa quête de pétrole, à des régimes en délicatesse avec les Etats-Unis ; l’Amérique latine passer à gauche et la Bolivie - c’était hier - y nationaliser son gaz ; les Frères musulmans s’approcher du pouvoir dans tout le monde sunnite et, bien sûr, l’Iran chiite marcher vers l’arme nucléaire et multiplier les invectives contre l’Occident sans croire un instant que la première puissance mondiale soit encore en état d’y mettre le holà après trois années de fiasco irakien. Sur tous les fronts, la situation devient inquiétante pour les Etats-Unis et l’Iran symbolise cet effritement de leurs positions car le défi des ayatollahs vient poser la question des capacités américaines, d’une part, à ajouter une opération aérienne à une intervention terrestre et, de l’autre, à s’assurer les soutiens russes et chinois. C’est la crédibilité des Etats-Unis que Téhéran met en cause et il n’est donc pas surprenant que le vent soit à la fermeté dans tous les milieux politiques américains et que cela se soit fait entendre, ce week-end, à Bruxelles lors du forum transatlantique organisé par le German Marshall Fund, fondation dédiée à l’approfondissement des liens euraméricains. Des Républicains aussi critiques de Georges Bush que le sénateur McCain comme des étoiles démocrates, Richard Holbrooke ou le sénateur Edwards, s’y sont montrés encore plus durs que la Maison-Blanche vis-à-vis non seulement de l’Iran mais aussi de la Russie et, indirectement, de la Chine. Irak ou pas, à cause, en fait, de l’Irak, les Américains ne veulent pas passer pour des tigres en papier et les inquiétudes iraniennes de l’Europe n’étant guère moins grandes que les leurs, on est peut-être bien en train d’entrer dans une nouvelles phase internationale. Allemagne en tête, les Européens tâchent, pour l’heure, de convaincre la Russie et, par là, la Chine d’opposer un front international uni aux ayatollahs afin de les ramener à une table de négociations mais si cela ne marchait pas, alors, oui, toutes les options seraient ouvertes, avec le risque que l’Iran ne riposte tous azimuts. Le climat ne s’allège pas.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.