C’est une crise annoncée, grave, sérieuse, une vraie, et qui se développe encore plus vite que prévu. Sans surprise, comme elle l’avait dit il y a trois jours, la Russie a déployé des renforts, hier, en Abkhazie, l’une des deux régions séparatistes de Géorgie avec l’Ossétie du sud. Les Etats-Unis et l’Otan protestent, appellent les Russes à la « retenue » et s’inquiètent d’un « risque de menace sur la stabilité ». Les autorités géorgiennes qualifient, elles, l’envoi de ces renforts, quelques mille deux cents hommes, d’« acte d’agression militaire » contre leur pays puisque l’Abkhazie, malgré la situation de sécession dans laquelle elle vit depuis quinze ans, fait bel et bien partie de leur territoire au regard du droit international. Juridiquement parlant, la Géorgie a raison mais, bien au-delà de ces mouvements de troupes et du droit, bien au-delà du Caucase où se situe ce pays, cette crise met face à face les Occidentaux et la Russie dans un bras de fer dont on ne saurait sous-estimer les dangers. Comme l’Ukraine, une autre des anciennes Républiques soviétiques, la Géorgie souhaite entrer dans l’Otan afin de s’arrimer à l’Occident, de tourner définitivement le dos à la Russie dont elles craignent, l’une et l’autre, les nostalgies impériales, et de pouvoir bénéficier, surtout, de la protection automatique de l’organisation militaire de l’alliance atlantique. Comme l’Ukraine, la Géorgie est un pays indépendant. Ses choix sont souverains. Elle n’a pas plus de permission à demander à la Russie que l’Otan n’aurait à se soumettre à des veto russes sur l’admission de nouveaux membres. Là encore, le droit est clair mais, d’un autre côté, la Russie est politiquement fondée à s’inquiéter d’une extension de l’Otan jusqu’à ses frontières occidentale et méridionale car elle se retrouverait, alors, cernée par une Alliance militaire dont elle ne fait pas partie. Pour comprendre ses craintes, il suffit d’imaginer ce que serait la réaction américaine si le Mexique et le Canada décidaient d’entrer dans un système de sécurité dominé par Moscou. Pour les Russes, cette extension de l’Otan est inacceptable. Ils sont décidés à s’y opposer par tous les moyens et, en accentuant bruyamment leur soutien aux séparatistes abkhazes, ils font comprendre qu’ils seraient prêts à faire éclater la Géorgie et l’Ukraine - ce qui ne demanderait pas de grands efforts - et que ce sont deux pays en guerres civiles auxquels l’Otan ouvrirait ses portes si elle ne renonçait pas à ces adhésions. On est, là, face à des possibilités de conflits en Europe, au cœur de l’Europe pour ce qui est de l’Ukraine. A ce rythme, la Russie et l’Otan, autrement dit, la Russie, les Etats-Unis et l’Union européenne, ne pourront bientôt plus arrondir les angles sans perdre la face. Toutes les provocations deviennent imaginables. Il faut les empêcher avant de ne plus pouvoir les maîtriser. Il faut, donc, négocier, intégrer les raisons de toutes les parties et tenter, pour cela, de trouver un compromis autour de l’idée d’une neutralité de l’Ukraine et de la Géorgie dont la proclamation pourrait constituer la première pierre d’un accord de coopération à bâtir entre l’Union européenne et la Russie. C’est urgent.

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