Lorsqu’il faut parvenir à un compromis avec des partenaires, il ne faut pas commencer par les agresser. Le Parti socialiste aurait dû y penser avant de dénoncer, dans un projet de texte sur l’Europe, « l’intransigeance égoïste » de Mme Merkel et d’encore compliquer les relations franco-allemandes.

Il est heureux que cette formulation ait été retirée et que François Hollande ait rappelé, hier, que « la France et l’Allemagne devaient travailler ensemble quelles que soient les conjonctures, les personnalités qui les dirigent et les sensibilités » mais, au-delà de cet accident de parcours, il faut, pourtant, oui, engager un débat politique public, argument contre argument, avec la coalition qui dirige aujourd’hui l’Allemagne et avec l’ensemble aussi des gouvernements conservateurs actuellement majoritaires dans l’Union.

Il le faut pour trois raisons.

La première est que l’austérité que cette majorité impose ralentit la croissance dans une période où elle est déjà dangereusement basse, fait augmenter le chômage et accroît les dettes publiques au lieu de les réduire en freinant l’activité et, par conséquent, les rentrées fiscales.

La deuxième raison de dire que cette politique, non pas européenne mais conservatrice, est un non-sens économique est qu’elle sème un désespoir social, met à mal les grands partis, favorise une spectaculaire poussée des forces extrémistes et accentue toujours plus gravement le divorce entre l’Europe et les Européens. Au rythme actuel, sans un rapide changement d’orientation, l’austérité aura bientôt fini, premièrement, par priver les Européens de l’unité sans laquelle ils ne pourront pas faire front dans les rapports de force internationaux et, deuxièmement, par porter au pouvoir des partis de démagogues qui ne les mèneront qu’à l’abime.

Partisan déclaré de mesures de croissance, le nouveau chef du gouvernement italien, Enrico Letta, ne disait rien d’autre hier, à l’issue de ses entretiens avec François Hollande, lorsqu’il a estimé que, si l’Europe continuait d’être perçue comme une « mauvaise mère », ce serait un « désastre démocratique ».

Quant à la troisième raison pour laquelle il faut engager ce débat sur l’austérité, courtoisement mais sans concessions, elle est qu’il n’est pas vrai qu’il n’y ait pas d’autre solution. Les pays européens doivent se désendetter. C’est un impératif, mais rien ne les empêcherait d’investir en commun dans les industries d’avenir, de mutualiser leurs emprunts pour en faire baisser les taux ou de réduire leurs dépenses militaires en se dotant d’une Défense commune.

Il faut rompre avec cette austérité qui n’est pas la rigueur mais est-ce à dire que ses partisans aient entièrement tort et ses adversaires entièrement raison ?

Non. Ce n’est pas si simple parce que les premiers ont de bonnes raisons de se méfier d’appels à la relance qui cachent mal une nostalgie du laxisme budgétaire et que les seconds ne formulent pas la moindre proposition, ni d’investissements européens ni, et moins encore, d’évolution institutionnelle de l’Union qui les permettrait. Le débat est nécessaire. Il est urgent mais il n’y a pas, d’un côté, les gentils et les méchants de l’autre.

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