Du temps de la Guerre froide, on disait tout naturellement que Cuba était un pays « de l’Est ». La géographie ayant, depuis, repris ses droits, cette île est redevenue ce qu’elle est, un pays situé à 150 kilomètres des Etats-Unis, un pays des Amériques qui ne peut de surcroît plus ignorer que l’économie de marché l’a partout emporté, jusqu’en Chine et en Russie.

Alors Cuba s’ouvre à cette économie, lentement, prudemment, mais d’autant plus vite maintenant que le Venezuela, le dernier pays à lui apporter une aide substantielle par solidarité idéologique, est désormais plongé dans une crise intérieure qui n’en finit plus de durer. A Caracas, l’avenir de la révolution chaviste est au moins en question alors que les livraisons de brut vénézuélien couvrent la moitié des besoins de Cuba et sont essentiellement payées en troc, par l’envoi de coopérants cubains au Venezuela où, comme hier en Afrique, ils pallient le manque de médecins.

Cet arrangement pourrait être compromis à tout instant. Les Cubains pourraient revivre la crise qu’ils avaient traversée, il y a vingt ans, lorsque la Russie avait brutalement interrompu son aide à la suite de l’effondrement soviétique. Il y a urgence et c’est l’une des deux raisons pour lesquelles le régime castriste cherche aujourd’hui à développer au plus vite ses échanges commerciaux avec l’Union européenne.

A la mi-avril, Laurent Fabius a été le premier ministre français des Affaires étrangères à se rendre à La Havane depuis plus de 30 ans. Il y a été chaleureusement reçu. Les contacts bilatéraux entre pays européens et Cuba se multiplient et s’intensifient et, hier, c’est l’Union européenne en tant que telle qui a posé les bases, après deux jours de discussions, de la négociation d’un « Accord de dialogue politique et de coopération ».

L’Union oublie là la Position commune qu’elle avait adoptée en 1996, lorsque elle avait décidé, à l’initiative de l’Espagne, de faire dépendre ses échanges avec Cuba de progrès en matière de droits de l’homme. Même si elle ne le dit pas, l’Union considère maintenant que la légalisation des petites entreprises privées, la possibilité donnée aux Cubains de sortir du pays pour raisons commerciales, familiales ou même touristiques et le relatif adoucissement du climat politique marquent une évolution qu’il faut encourager et que le développement des échanges ne pourrait qu’amplifier.

Cuba a besoin de l’Union qui fait, elle, un pari sur les changements amorcés dans l’île mais ce n’est pas la seule raison de ce rapprochement. L’autre est que Cuba ne veut pas se retrouver en tête-à-tête avec les Etats-Unis et que l’Union, de son côté, ne veut pas les laisser y reprendre le même poids, quasiment exclusif, qu’ils y avaient avant la révolution castriste.

Les Etats-Unis sont la deuxième raison qui pousse les Européens et Cuba à vouloir sceller de profonds liens parce qu’il y a un boom des voyages entre les côtes du détroit de Floride, que la diaspora cubaine de Miami a financé plus de la moitié des créations de petites entreprises privées et qu’à Cuba, les Etats-Unis sont d’ores et déjà en voie de redevenir incontournables.

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