Vous vous attardez sur Londres, qui devrait élire le 5 mai prochain (jeudi) un maire de gauche et musulman...

Par Anthony Bellanger.

Vous vous attardez sur Londres, qui devrait élire le 5 mai prochain (jeudi) un maire de gauche et musulman...

Il s'appelle Sadiq Khan, il a 45 ans et croyez-moi vous allez en manger du portrait dans vos quotidiens et magazines d'info préférés. On comprend facilement pourquoi : Sadiq Khan sera certainement le premier maire musulman élu d'une capitale européenne.

Pas le 1er maire musulman élu d'une grande ville européenne. Ce privilège revient à l'actuel maire de Rotterdam, aux Pays-Bas, Ahmed Aboutaleb, depuis 2009. Mais évidemment, Londres c'est une autre affaire.

Londres est, avec Paris, la seule vraie mégapole européenne. Que quelques mois après les attentats de Paris et de Bruxelles, la plus peuplée des conurbations d'Europe, avec Paris toujours, puisse élire un maire musulman est tout un symbole.

Ce n'est pas un peu gênant de résumer cet homme à sa religion ?

Si, c'est effectivement gênant. Mais c'est sous cet angle quasi unique que l'ensemble de la presse internationale raconte son élection. Sans prendre la peine, d'ailleurs de l'écouter lui-même. Comment se définitl Sadiq Khan ?

« Je suis Londonien, je suis Européen, je suis Britannique, je suis Anglais, je suis musulman, d'origine asiatique, de culture pakistanaise, je suis père de famille et l'époux de ma femme ».

En fait, il est surtout l'exemple fait homme des multiples identités avec lesquelles doivent jongler la plupart d'entre nous, avec plus ou moins de confort. C'est pour cette raison que les Londoniens se reconnaissent en lui.

Londres, comme Paris, Berlin est une ville monde : plus d'un tiers de ses habitants est né à l'étranger et un quart, hors de l'Union européenne. La religion n'est qu'un critère parmi d'autres : 1 Londonien sur 8 est musulman, par exemple.

L’élection de Sadiq Khan sera-t-elle, par contre, le signe d'un renouvellement de la classe politique britannique ?

Pas vraiment non plus. Les Londoniens ont pris l'habitude d'élire des maires disons… atypiques. Depuis l'an 2000, se sont succédé un socialiste de combat, Ken Livinstone, dit Ken Le Rouge.

Et un conservateur ludique, Boris Johnson, dont la mèche blonde ébouriffée était devenue la signature. Les deux candidats qui se disputent sa succession ont l'air bien sage à leurs côtés. Surtout le candidat conservateur d'ailleurs, Zac Goldsmith

Pour tout dire, il y a un peu un délit de belle gueule le concernant. Il est si propre sur lui, si bien élevé, si impeccablement écolo, si gourmé, que tout glisse sur lui, même l'élection. Il a beau avoir tenté de muscler sa campagne, personne n'y a cru.

Il y a aussi le fait qu'il est né riche et qu'il a été élevé, j'allais dire au grain, dans ces écoles de l'élite, comme le collège d'Eton, qui ont donné au Royaume-Uni David Cameron, et l’actuel maire de Londres, Boris Johnson.

A l'inverse, Sadiq Khan est le pur produit d'une certaine méritocratie britannique : fils d'immigrés pakistanais, il a vécu avec ses frères et sœurs dans un HLM et a été à l'école publique. Un CV qui en rappelle un autre : celui d'Anne Hidalgo, maire de Paris.

Deux villes, Londres et Paris, qui décidément, sont concurrente et semblables jusque dans les détails !

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