Où l'on voit que Mme Le Pen tire autant de force de l'histoire de France que de l'état du monde...

Quels sont les événements marquants de l'Histoire de France qui expliquent le poids du Front National aujourd'hui ?
Quels sont les événements marquants de l'Histoire de France qui expliquent le poids du Front National aujourd'hui ? © AFP / Joel SAGET

J’avais trop vite répondu. Un grand quotidien européen, la Stampa pour ne pas le nommer, me demandait la semaine dernière s’il y avait des raisons spécifiquement françaises au fait que l’extrême droite ait éliminé la droite au premier tour de la présidentielle et puisse réunir quelques 40% des voix au second.

« Non », avais-je répondu car j’avais en tête, déformation professionnelle sans doute, le grand nombre de situations comparables dans bien d’autres pays mais, en fait, si. J’avais tort car, en France, l’extrême droite plonge ses racines dans trois moments de fracture nationale qui continuent de lourdement peser dans le débat politique.

Le plus lointain et, désormais, le moins présent d’entre eux mais tout de même est la Révolution, oui, celle de 1789, puisque la République – « la gueuse », disait l’Action française en scandant « la France aux Français – avait ensuite mis près d’un siècle a se stabiliser tant tout une partie du pays continuait de refuser la fin d’un ordre séculaire et monarchique, fait de droit divin et d’alliance du sabre et du goupillon.

Plus personne ne conteste aujourd’hui la République mais cette grande bataille du XIX° et des débuts du XX° entre les partis de l’ordre et du mouvement, du changement et de la tradition, a longtemps structuré l’échiquier politique et laisse des traces qui ne sont pas totalement effacées.

Autrement plus présente, la deuxième de ces fractures historiques est l’Occupation. Entre la France de Londres et celle de Vichy, les comptes sont si peu soldés que Jean-Marie le Pen n’a jamais perdu une occasion de minimiser les crimes du nazisme et de relativiser les horreurs de l’Occupation, que sa fille tient encore que la rafle du Vel’d’hiv n’aurait rien eu à voir avec la police française et que l’on ne cesse de découvrir, comme si ce vivier était inépuisable, des néo-nazis dans les rangs du FN et même à sa tête.

Quant à la troisième de ces fractures françaises dans lesquelles l’extrême droite plonge ses racines, c’est évidemment la guerre d’Algérie. L’extrême droite était Algérie française. Elle n’a pas plus pardonné l’indépendance algérienne aux gaullistes qu’à la gauche et le grand paradoxe est que cette même extrême droite qui voit dans l’islam une menace qu’elle dénonce si fort ne se console ainsi pas que la France ne compte pas 40 millions de musulmans, l’actuelle population de l’Algérie.

Alors question, qu’est-ce qui compte le plus dans la force du FN, la France d’hier ou le monde d’aujourd’hui ?

Réponse, le monde d’aujourd’hui, certainement, car aux Etats-Unis comme en Russie, en Inde comme en Israël, en Pologne, en Autriche, en Grande-Bretagne ou en Hongrie, un peu partout en fait, on retrouve cette même peur et ce même rejet d’un monde nouveau qui bouleverse les repères, que l’on ne comprend pas et qui incite à cette vaine et si dangereuse nostalgie des frontières et du nationalisme.

Bien au-delà du réel poids de l’histoire dans la politique française, le grand débat international est entre ceux qui voudraient pouvoir nier les réalités d’un nouveau siècle et ceux qui souhaitent les affronter, pour les canaliser.

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