Entre Iran et Turquie, l'Arménie pourrait bien entrer aujourd’hui en révolution

C’était fait. Seul candidat en lice, Nikol Pachinian, l’homme qui incarne à lui seul l’opposition arménienne, allait devenir hier Premier ministre au terme de quelque trois semaines d’immenses manifestations populaires.

        C’était fait car le président aux commandes de cette ancienne République soviétique indépendante depuis 1991, Serge Sarkissian, avait dressé contre lui l’immense majorité de ses trois millions de concitoyens en tentant de se maintenir au pouvoir au-delà des deux mandats consécutifs autorisés par la Constitution.

C’est dans ce but qu’il avait fait passer l’Arménie d’un régime présidentiel à un régime parlementaire avant de se faire désigner Premier ministre par la Chambre que son parti contrôle. La lettre de la loi n’était pas violée mais son esprit l’était tant que l’ampleur des manifestations de protestation avait obligé Serge Sarkissian à démissionner au début de la semaine dernière, laissant la voie libre à Nikol Pachinian, ancien journaliste de 42 ans, connu pour sa faconde, son courage et son talent oratoire, une sorte de Robin des bois maître dans l’art de dénoncer la corruption, le chômage, les immenses fortunes d’une poignée de très riches et la misère du plus grand nombre.

Oui, c’était fait. Le parti majoritaire allait laisser Nikol Pachinian accéder au pouvoir car c’était le seul moyen de ramener le calme et puis non ! Robin des bois n’a pas eu la majorité promise et aussi surpris et ulcéré que la foule qui s’apprêtait à l’ovationner, il a aussitôt appelé – à compter de ce matin et dans la non-violence car c’est un non-violent – au blocage complet de l’Arménie, de ses routes et de ses rues, de ses gares et de ses aéroports.

Entre Iran, Turquie, Géorgie et Azerbaïdjan, un pays pourrait bien entrer aujourd’hui en révolution, autant mû par une révolte contre l’injustice sociale que par le rejet d’un homme et d’un parti qui ne veulent pas lâcher prise. Parce que c’est l’Arménie dont les diasporas sont si nombreuses dans tant de pays dont la France, cette crise ne passera pas inaperçue. Elle fera même d’autant plus de bruit qu’elle vient poser un vrai dilemme à la Russie, ancienne puissance tutélaire de l’Arménie et garante de sa sécurité face, à l’Ouest, à la Turquie qui n’entend toujours pas reconnaître le génocide arménien d’il y a un siècle et à l’Azerbaïdjan, à l’Est, auxquels les Arméniens disputent depuis 1988 l’enclave du Haut-Karabakh.

L’Arménie a trop besoin de la Russie pour s’en éloigner et Nikol Pachinian ne cesse de le répéter mais Vladimir Poutine n’en déteste pas moins qu’un peuple, a fortiori de l’aire russe, veuille congédier ses dirigeants en leur reprochant sa misère et leur corruption. Ce genre de choses peut donner des idées, jusqu’en Russie.

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