L'armée se s'est toujours pas ralliée à Juan Guaidó, président par intérim. Comment l'expliquer ?

Au Vénézuela, le renversement de Maduro n'a donc pas eu lieu. Ni le ralliement massif de l'armée et des services de renseignement au leader de l'opposition et président par intérim Juan Guaidó. Ce qui devait être le coup de boutoir final au régime de Nicolás Maduro s'est presque transformé en déroute

Alors, il ne faut présumer de rien pour la suite, tant la situation reste fluide et les manifestations permanentes, mais clairement quelque chose a déraillé et l'opposition, qui partait avec quelques atouts, se retrouve aujourd'hui un peu plus affaiblie.

Quels étaient ces atouts qui ont fait croire à Juan Guaidó et aux siens qu'une chute du régime chaviste était à portée de mains ? D'une par la spectaculaire libération de l'opposant historique Leopoldo López, aux arrêts domiciliaires depuis plusieurs années.

Leopoldo López, c'est l'âme des grandes manifestations anti-chavistes de 2014 et surtout, un vrai politique. Sauf qu'épuisé par les privations de liberté et les menaces, il s'est réfugié avec son épouse à l'ambassade d'Espagne. Sa défection est un coup dur.

Ensuite, il y a eu le ralliement du chef des services secrets, Manuel Ricardo Christopher Figuera. Une énorme perte pour Maduro. C'est ce ralliement qui a fait croire à l'opposition que l'armée était mûre pour les rejoindre et renverser le dictateur.

L'armée, l'argent du pétrole et Donald Trump

Non ou en tous cas pas encore, loin de là. Et il est utile d'essayer de comprendre pourquoi ? D'abord, l'armée vénézuélienne a été très profondément purgée suite à la tentative de coup d'état de 2002 contre Hugo Chávez.

Il ne reste donc à la tête de l'armée nationale de la République bolivarienne que des affidés et ce, du le long de la chaîne de commandement. Ensuite, le régime de Chávez puis Maduro – à l'image du régime cubain dont il s'inspire – a choyé cette armée.

En clair, il lui a confié ce qui rapporte encore des devises. Concrètement, le régime a créé une holding dans laquelle il a cantonné les avoirs pétroliers et miniers du pays et en a confié la charge à une brochette de hauts gradés fidèles.

La méthode est connue : c'est celle qui prévaut en Egypte, en Algérie, au Soudan, à Cuba et donc au Vénézuéla : enrichir et compromettre ceux qui possèdent les armes et qui donc ont un intérêt évident à maintenir le régime en place :

C'est pour cette unique raison que Juan Guaidó ne cesse d'expliquer qu'un régime d'amnistie attend tout militaires qui rallierait sa cause. Mais il y a une autre raison pour laquelle les militaires vénézuéliens n'ont toujours pas cédé aux sirènes de l'opposition.

Et cette raison s'appelle Donald Trump. Le fait que l'opposition soit soutenue par la Maison-Blanche est la pire chose qui puisse arriver. Les Etats-Unis sont tellement détestés en Amérique latine que tout ce qu'ils soutiennent est aussitôt rejeté, haï.

Les rodomontades de Mike Pompeo ou de Donald Trump sont parfaitement contreproductives : elles renforcent plus qu'elle n'affaiblissent le régime de Maduro qui peut, sans honte, se référer à Salvador Allende sans presque être ridicule.

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