Le choix d’un Premier ministre n’est jamais neutre. En Russie comme ailleurs, c’est un message qui peut vouloir dire qu’un successeur est mis en piste, que l’on confie le gouvernement à une personnalité au-dessus des partis ou que la majorité s’ouvre mais ce n’est aucun de ces signaux là que Vladimir Poutine vient d’envoyer en nommant, hier, Mikhaïl Fradkov. « Mikhaïl kto ? », « Mikhaïl qui ? », demandait-on partout quand la nouvelle est tombée et le premier message présidentiel est tout entier dans la question que suscitait cette nomination jusque dans les milieux politiques. Représentant, jusqu’hier, de la Russie auprès de l’Union européenne, Mikhaïl Fradkov est totalement inconnu de ses concitoyens auxquels Vladimir Poutine signifie, de cette manière, que le chef du gouvernement n’a besoin que de sa confiance à lui, le président, le chef, le boss, le patron qui n’a ni gage à donner à quiconque ni moins encore d’indications à fournir sur ses intentions. Quand Vladimir Poutine, il y a six jours, avait soudainement limogé Mikhaïl Kassianov, le précédent Premier ministre, à trois semaines de l’élection présidentielle du 14 mars, beaucoup croyaient qu’il voulait ainsi se présenter aux électeurs avec une équipe pour leur dire quelle politique ils choisiraient en l’élisant. Un économiste libéral ? Un étatiste ? Un homme d’ordre ? A Moscou, les supputations allaient bon train mais la réponse est claire. C’est un fidèle, un homme qui devra tout au Président et rien à personne d’autre qui prend les rênes du gouvernement. Le pouvoir se personnalise en Russie. Il se reconcentre au Kremlin comme il ne l’avait plus été depuis la mort de Brejnev il y a deux décennies mais, outre que Vladimir Poutine n’est pas un vieillard sénile mais un jeune homme tout en muscle, le choix de Mikhaïl Fradkov comporte un second message. L’appareil soviétique dont le nouveau Premier ministre est issu était extrêmement hiérarchisé. Il avait ses grandes écoles, de prestigieux « instituts » dont les diplômes déterminaient les carrières bien plus sûrement encore que l’Ena ou Poytechnique en France, Harvard aux Etats-Unis ou Cambridge en Grande-Bretagne. Mikhaïl Fradkov sort, lui, de l’Institut de la construction des machines, une école qui ne promettait pas du tout aux premières places mais ce petit homme rond et discret n’en fera pas moins une brillante carrière dans le Commerce extérieur, de conseiller économique en Inde jusqu’au poste de vice-ministre, avant d’aller au conseil de sécurité du Kremlin comme premier adjoint de Sergueï Ivanov, l’actuel ministre de la Défense. Cette biographie n’est pas parlante. Elle est criante. Mikhaïl Fradkov est un homme du FSB, de l’ancien KGB, de ces services secrets dont Vladimir Poutine est lui même issu et où il recrute tous ses collaborateurs. Poste après poste, une flicocratie se met en place en Russie. Après soixante-dix ans de communisme et dix années d’affairisme, une dictature policière s’installe aux commandes, tablant sur la soif d’ordre d’un pays qui n’en peut plus de l’illégalité mais entre à grands pas dans la dictature, non pas dans la « dictature de la loi » promise par son Président mais dans un régime policier.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.