Pourquoi cette insistance ? Pourquoi Florence Aubenas, à la fin de cette courte et terrible vidéo par laquelle elle vient d’appeler à l’aide prononce-t-elle trois fois de suite le nom de Didier Julia ? Ecoutons-la : « J’en appelle particulièrement à Monsieur Didier Julia, le député français. S’il vous plait, Monsieur Julia, aidez-moi. C’est urgent. Monsieur Julia, aidez-moi ». Florence Aubenas a beaucoup couvert l’Irak. Elle a naturellement en tête l’affaire de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, l’intervention du député, son voyage à Damas et sa certitude, malheureusement démentie, d’être sur le point d’obtenir leur libération grâce à ses contacts en Syrie et dans les milieux du Baath, le parti sur lequel s’appuyait le régime de Saddam Hussein. Elle sait ainsi que Didier Julia n’est pas tout puissant, que son initiative avait été dénoncée par les autorités françaises même si elles n’avaient pas voulu l’empêcher de la prendre, bref que cet appel direct et pressant à cet homme ne peut que créer une affaire dans son affaire. Plus frappant encore, elle ne dit rien ni de son journal, Libération, ni du gouvernement, ni du Président de la République – de personne sauf Didier Julia qui, seul, semble compter à ses yeux. La conclusion s’impose. En martelant ce nom, Florence Aubenas fait évidemment passer un message. Elle dit en langage codée une chose que ses ravisseurs soit ne l’auraient pas laissé dire soit ne voulaient pas la laisser directement dire mais laquelle ? Il n’y a plus, là, de certitude mais, en revanche, une hypothèse que l’on ne saurait écarter. « Julia » cela ne peut vouloir dire, en l’occurrence, ni vieux gaulliste ni figure solitaire et plutôt excentrique mais cela peut parfaitement signifier deux choses, Syrie et Baath, car Didier Julia appartient à cette frange du gaullisme qui fut très liée au monde arabe et tout particulièrement à la Syrie et à l’ancien appareil de Saddam. Dans ces milieux, Didier Julia a des liens anciens, étroits, des relations de confiance et, s’il y a une connotation attachée à son nom, c’est bien celle-là. Florence Aubenas le sait et il est très possible, pour ne pas dire probable, qu’elle ait voulu faire savoir, en martelant ainsi ce nom, que ni les services syriens, ou partie d’entre eux, ni ces pans de l’appareil baathiste qui ont basculé dans l’action armée contre la présence américaine en Irak n’étaient étrangers à son enlèvement. C’est une lecture, c’est une hypothèse, ce n’est pas une information ni même une certitude, mais le fait est que le régime syrien joue la carte d’un soutien aux mouvements clandestins irakiens dans l’espoir d’avoir quelque chose à monnayer avec les Américains, qu’il y a des liens entre les deux et que la Syrie a toutes les raisons d’en vouloir à la France à cause de son soutien à l’indépendance libanaise. Il est surtout frappant que ce soit au moment même où les choses se précipitent au Liban, où le régime syrien est dos au mur, où il a besoin de pouvoir utiliser toutes ses armes vis-à-vis de la France, qu’on entende, pour la première fois depuis son enlèvement, parler de Florence Aubenas.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.