L’économie indienne devrait enregistrer, cette année, une croissance de 8%. Dans les années à venir, ce taux devrait passer à 10% et ces pourcentages pourraient donc suffire à expliquer la véritable cour que les puissances industrielles font à ce pays. Avec une population de plus d’un milliard d’habitants, presque égale à celle de la Chine, une recherche en plein développement, des classes moyennes qui s’étoffent et consomment, l’Inde a d’énormes besoins d’investissements et d’équipements qui font d’elle la « tant belle fille » de la chanson mais une beauté qui, elle, sait très bien quel amoureux prendre. Elle les veut tous, Amérique et Europe, et le soupirant d’hier aussi, la Russie, tous à ses pieds, là où ils sont car l’Inde a un charme politique tout aussi puissant que ses attraits économiques. Elle est, aujourd’hui, le seul pays à pouvoir faire contrepoids à la Chine, à l’autre géant dont l’éveil commence à inquiéter le monde. Europe, Amérique, Russie. La Russie, dépeuplée par sa très forte mortalité et l’extrême faiblesse de sa natalité, voit, jour après jour, sa partie asiatique envahie par les travailleurs et les commerçants de la Chine limitrophe qui pénètrent dans un vide et tendent à remplacer les Russes dans des régions entières. La Russie se demande si sa partie orientale n’est pas virtuellement menacée par cette puissance ascendante en quête de matières premières. Elle se cherche, donc, des alliés en Asie et les soucis chinois de l’Amérique ne sont pas moindres. Après avoir tourné, depuis un bon quart de siècle, ses regards vers le bassin pacifique, vers une zone où ses industries peuvent encore conquérir des marchés infiniment moins saturés que ceux de l’Europe, l’Amérique en est à se dire qu’elle pourrait bien avoir réchauffé un concurrent dans son sein. Non seulement les produits chinois, habillement, téléviseurs, électroménager, se taillent la part du dragon sur les rayons de ses supermarchés mais cette zone pacifique que les Etats-Unis voyaient déjà leur pourrait bien revenir à la Chine par la grâce de sa proximité géographique, de sa centralité, de sa puissance militaire et de la force des diasporas chinoises, présentes dans presque toute la région. Dans le Pacifique, l’Amérique fait désormais face à un redoutable concurrent qu’elle ne peut laisser devenir seul roi de l’Asie. Quant à l’Europe, elle doit bien constater que si un équilibre s’établissait entre la Chine et l’Amérique, la Chine et la Russie ou, pire encore, ces trois mastodontes, elle serait bien vite le dindon du XXI ième siècle et du retard qu’elle prend à unir ses forces. Tout le monde à maintenant intérêt à renforcer l’Inde et y prendre pied et cela d’autant plus que la Chine n’inquiète pas seulement par sa force. Ses faiblesses également font peur car plus son économie se développe, plus l’écart entre ses villes et ses campagnes devient criant, plus les émeutes paysannes se mulitplient et plus le pouvoir de l’appareil communiste est menacé par les forces du marché et l’ouverture au monde. Beaucoup plus fragile que la démocratie indienne, la dictature chinoise inquiète aussi par son instabilité.

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