Il persiste et signe mais de plus en plus seul. En visite au Soudan, le Président iranien a déclaré, hier, que « les sionistes étaient l’incarnation réelle de Satan, le symbole de l’hédonisme et l’incarnation de l’âme des puissances répressives ». « C’est un régime créé par les Britanniques et soutenu par les Américains », a-t-il poursuivi avant d’ajouter : « Notre force et la pierre angulaire de la victoire sont dans notre union. Nous devons prendre garde aux démons qui veulent semer la division entre nous et conserver la science entre leurs seules mains ». Toute la politique de Mahmoud Ahmadinejad était résumée là, son intransigeance sur le nucléaire comme sa volonté de « rayer Israël de la carte » et sa volonté de rassembler tout l’Islam, chiite et sunnite, derrière l’Iran et son bras de fer avec les grandes puissances. Dimanche dernier, déjà, à Téhéran, il avait expliqué que le programme iranien d’enrichissement d’uranium était « un train sans marche arrière et sans frein », irréversible en un mot, mais le fait est que ce Président est toujours plus ouvertement critiqué par son régime. Dès lundi, cette métaphore ferroviaire avait suscité l’indignation du quotidien conservateur Ressalat dont l’éditorialiste estimait que « ni la faiblesse ni la naïveté et la violence verbale n’étaient nécessaires à notre diplomatie car nous avons des jours importants devant nous ». Deux députés s’étaient ensuite élevés contre cette déclaration de Mahmoud Ahmadinejad en déclarant, l’un qu’elle « neutralisait les efforts des autres dirigeants iraniens et renforçait la détermination de nos ennemis à adopter une résolution plus dure contre l’Iran » et l’autre « qu’il valait mieux utiliser, comme le font MM. Laridjani et Velayati, un langage plus raisonnable que ces slogans aventuriers et à sensation ». Aujourd’hui, deux lignes s’opposent à Téhéran, celle du Président et celle de tous les autres courants du régime, unis contre lui car ils craignent que ses provocations ne finissent par souder le monde contre l’Iran et permettre une opération militaire des Etats-Unis. Depuis l’interview que Ali Akbar Velayati, le conseiller diplomatique du Guide suprême, la plus haute autorité de la théocratie, m’avait accordée pour la Repubblica en se distançant point par point de Mahmoud Ahmadinejad, les signes de cette scission n’ont ainsi pas cessé de se multiplier. Cette interview a été reprise par tous les quotidiens de Téhéran. Mardi, l’ancien président Rafsandjani, chef de file des conservateurs modérés, appelait à « plus de vigilance » car les Américains, disait-il, sont « comme un tigre blessé et nous ne devons pas le négliger ». Hier, le ministre des Affaires étrangères souhaitait avec insistance des « négociations » avec le Conseil de sécurité et il ne se passe plus un jour sans que la presse ou des parlementaires ne vitupèrent le Président et ses « slogans ». A l’approche des premiers contacts entre l’Iran et les Etats-Unis, un débat fait rage à Téhéran.

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