Cela aurait pu être pire. Les Européens auraient pu se contredire, afficher leurs désaccords, claquer les portes. Ils ne l’ont heureusement pas fait mais les résultats de ce sommet extraordinaire, hier, à Bruxelles, des 27 chefs d’Etat et de gouvernement n’en sont pas moins consternants. La croissance dégringole partout, dans tous les pays de l’Union comme sur tous les continents. Partout, le chômage s’envole. Partout, ou presque, les banques restent en difficultés. Partout, des branches industrielles sont menacées d’effondrement et que dit, que fait, dans ces circonstances, le Conseil européen ? Rien, absolument rien car c’est ne rien décider qu’éviter, au prix de contorsions, une querelle ouverte sur le protectionnisme supposé du plan d’aide français à l’industrie automobile ; que préférer des mesures « au cas par cas » au plan de soutien immédiat que demanderaient les économies des nouveaux pays membres et que repousser l’idée même, défendue par Nicolas Sarkozy, d’un plan de sauvetage européen du secteur automobile pour envisager, à la place, une simple augmentation des prêts de la Banque européenne d’investissements aux différents constructeurs nationaux. Bonnes manières et sourires polis pendant que la voie d’eau s’élargit, l’Union avait, hier, des airs de Titanic et si elle n’en est, bien sûr, pas à couler, elle tangue dangereusement, en panne d’imagination, incapable de passer à la vitesse supérieure qu’exigerait l’ampleur de la crise mondiale. Il faudrait oublier, comme on l’a déjà fait pour les déficits, les contraintes et garde-fous de traités conçus pour le beau temps et inadaptés à la tempête, non plus tenter de coordonner, a posteriori, des plans de relance nationaux mais définir une politique économique commune, des pays, au moins, de la zone euro. Il est temps, plus que temps, de comprendre qu’aucun des Etats membres ne s’en sortira seul, que la faiblesse des uns les affaiblit tous car elle réduit les exportations des plus forts et que les égoïsmes nationaux relèvent ainsi du suicide collectif. Il est temps de se souvenir – le manifeste européen que viennent d’adopter les socialistes le rappelle opportunément – que, sans la monnaie unique, les monnaies nationales s’affronteraient, aujourd’hui, à coup de dévaluations compétitives et que, sans les fonds structurels européens, sans la solidarité européenne, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Irlande et tant de régions d’autres pays n’auraient pas pu contribuer à la prospérité de tous en rattrapant aussi vite leur retard. Il est temps d’accélérer la construction européenne, de se souvenir de ses bienfaits non seulement en investissant en commun dans des travaux d’infrastructure continentaux mais également en pensant collectivement, à l’échelle de l’Union, l’avenir des grandes industries afin de bâtir des champions européens comme on l’avait fait, avec Airbus, pour l’aéronautique. Au-delà même de la crise, ce sont les rapports de force du nouveau siècle qui se jouent en ce moment et les frilosités européennes en sont d’autant plus impardonnables.

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