L’expression est bien trop pompeuse. « Partenariat stratégique », dit-on de ce rapprochement franco-russe marqué par la visite à Paris de Dmitri Medvedev alors qu'il ne s’agit pas de l’instauration d’un lien privilégié entre les deux pays, d’une alliance fondée sur des vues et des politiques communes telle qu’il en existe, par exemple, entre la France et l’Allemagne. Avec la Russie, c’est autre chose. Il y a, oui, c’est vrai, comme une résurgence d’une constante connivence historique, celle des alliances de revers contre l’Allemagne, celle de la carte russe dont De Gaulle avait joué pour affirmer l’indépendance française au sein de l’Alliance atlantique ou, plus récemment, celle de la convergence entre Paris et Moscou dans l’opposition à l’aventure irakienne. Ce passé inscrit le rapprochement présent dans une continuité singulière mais, sur le fond, la France n’est pas seule à se rapprocher de la Russie. L’Allemagne l’a largement précédée sur cette voie et acquis à Moscou des positions économiques que Paris n’y a pas. La plupart des capitales européennes entretiennent les meilleures relations avec le Kremlin. Depuis l’élection de Barack Obama, les Etats-Unis, surtout, ont rompu avec tout ce qui pouvait fâcher la Russie dans leur politique, aussi bien avec l’idée d’installation d’un bouclier antimissiles en Europe centrale qu’avec le projet d’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Otan. Ce tournant, les Etats-Unis l’ont pris lorsqu’ils ont réalisé que la Russie était indispensable à la solution des crises internationales les plus brûlantes, crise iranienne en tête. Toutes les capitales occidentales font désormais ce même constat qu’Allemands et Français avaient été les premiers à formuler. Nicolas Sarkozy ne fait aujourd’hui qu’en tirer les conséquences en recevant Dmitri Medvedev avec une chaleur rare mais le fait est que, politiquement et humainement parlant, il a su prendre une longueur d’avance dans la relation avec son hôte. Considérable, son avantage est d’avoir très vite pris, à l’été 2008, la dimension de ce si jeune président russe, tout juste élu par la grâce de Vladimir Poutine qui en avait son successeur faute de pouvoir briguer un troisième mandat consécutif. Alors président de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy avait décidé de s’entremettre dans la crise géorgienne et, au lieu d’ignorer Dmitri Medvedev, au lieu de ne voir en lui qu’une simple « marionnette » de son prédécesseur, au lieu de commettre l’erreur que chacun ou presque faisait jusqu’il y a deux mois encore, c’est avec lui qu’il avait négocié et conclu le moins mauvais des compromis possibles. Nicolas Sarkozy est le premier chef d’Etat à avoir traité Dmitri Medvedev en président de la Russie et, à l’heure où cet homme s’affirme sur sa scène intérieure en y faisant entendre une autre voix, moins autoritaire et plus ouverte à l’Occident que celle de Vladimir Poutine, cela donne des atouts à la France. Entre ces deux hommes, il y a une vraie confiance, personnelle, et cela compte.

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