C’est un cas d’école dans lequel se résume tout le problème de l’ingérence. Tout pousse aujourd’hui les Occidentaux, Européens et Américains, à intervenir en Libye car le colonel Kadhafi dispose encore de milices bien armées et d’une aviation qu’il n’hésite pas à utiliser contre son propre peuple alors que ses opposants n’ont, pour lui résister, que leur aspiration à la liberté, leur courage, les villes et les régions qu’ils contrôlent et l’appui de militaires passés de leur côté avec des fusils mais sans armes lourdes. Non seulement ce Néron peut encore infliger d’immenses souffrances à son pays, non seulement les Occidentaux pourraient ne pas tarder à se voir reprocher une non-assistance à peuple en danger, non seulement les opposants libyens sont de plus en plus tentés de demander à l’Europe et l’Amérique une aide qu’il serait alors difficile de leur refuser, mais la prolongation et l’amplification de cette guerre civile présente d’énormes dangers. Muamar Kadhafi ne la gagnera pas mais, avant qu’il ne l’ait perdue, elle peut avoir détruit ce pays, l’avoir conduit à un éclatement tribal qui l’empêcherait de se reconstruire et avoir poussé, plus immédiatement, d’innombrables Libyens à se joindre à la fuite des Tunisiens et des Egyptiens travaillant sur leur sol, à aggraver ainsi les problèmes économiques de la Tunisie limitrophe et à créer une masse de réfugiés qu’il faudra aider cette même Tunisie à héberger et nourrir. Cette guerre ne doit pas durer. Il faut, à tout point de vue, qu’elle cesse au plus vite. C’est pour cela que se pose la question d’une ingérence occidentale -intervention militaire pour chasser le colonel Kadhafi de sa capitale ou interdiction de l’espace aérien libyen aux mouvements de son aviation- mais ce qui semble évident sur le papier ne l’est pas dans la réalité. Le premier problème est qu’on ne se bouscule pas au portillon côté occidental, que les Américains préféraient, et de loin, que les Européens, se portent volontaires alors que les Français, retour d’Alain Juppé oblige, ne veulent pas entendre parler d’une intervention sans un mandat de l’Onu que les Russes et les Chinois ne seront pas forcément prêts à voter. Autant le monde est unanime à condamner le clan Kadhafi autant il est divisé sur les moyens de le neutraliser et là n’est pas même le plus problématique. La deuxième difficulté est que les peuples arabes, au-delà de leur solidarité avec les Libyens, pourraient ne pas être enthousiasmées par une intervention occidentale parce qu’ils veulent devenir majeurs, être libres de leur destin et ne pas retomber sous influence étrangère et qu'ils gardent, aussi, un très mauvais souvenir du chaos provoqué par l’entrée des Etats-Unis en Irak. Pris entre deux feux, les Occidentaux ont à réfléchir à deux fois et le troisième problème, le plus sérieux, est que lorsqu’on intervient dans un pays, on se condamne à le prendre en charge et devient responsable de sa stabilité économique et politique. Les Occidentaux ont d’autant moins envie de relever ce défi que, pour l’heure, ils pensent plutôt, et jusqu’à la migraine, aux moyens de se sortir d’Afghanistan, de résorber leurs déficits et de relancer leurs économies.

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