Elle peut-être infondée, bien sûr, mais c’est l’unanimité. Il n’y a pas un sondeur, pas un opposant, pas un journaliste et naturellement pas un seul de ses partisans qui ne dise aujourd’hui que Vladimir Poutine sera réélu et le sera dès dimanche, au premier tour.

La première raison en est qu’il y a désormais deux Russie, l’une qui ne veut plus de lui et une autre décidée à s’en accommoder. Il y a celle des classes moyennes urbaines, cette « sriedni klass » qui s’est développée dans les deux décennies de l’après-communisme et qui avait fini par se reconnaître dans le quadragénaire, Dmitri Medvedev, que Vladimir Poutine avait installé au Kremlin en 2008, faute de pouvoir briguer un troisième mandat consécutif.

Branchés sur le monde et regardant vers l’Occident, ces jeunes urbains avaient fini par adhérer aux discours par lesquels cet homme arrivé à l’âge adulte après la dissolution soviétique avait appelé à la modernisation de la Russie, à la fin de l’arbitraire, à la lutte contre la corruption et à l’instauration d’un état de droit.

La classe moyenne aurait voté pour lui mais, en septembre dernier, Vladimir Poutine a sifflé la fin de la partie et annoncé qu’il serait lui-même candidat. Dmitri Medvedev a alors perdu tout prestige en acceptant son éviction et, depuis, la Russie des villes a, elle, perdu toute confiance dans le pouvoir, a voté contre lui aux législatives de décembre et n’a plus cessé de manifester.

Cette Russie, la Russie utile, celle qui fait tourner l’économie, a fait sécession. C’est un fait majeur qui fait entrer le pays dans une autre époque, mais la Russie profonde, celle des campagnes et des bourgs, les deux autres tiers de la population, est restée fidèle à Vladimir Poutine. Ce n’est plus qu’elle l’adore autant que ce fut le cas. Ce n’est pas qu’elle ne voit pas que le pays reste pauvre pendant que ces immenses ressources sont détournées par le pouvoir et ses affidés. L’aura de Vladimir Poutine est partout perdue ou largement amoindrie mais les campagnes russes voteront pour la stabilité car elles ne peuvent pas s’identifier à cette Russie des villes qui vit si loin de leur misère.

La deuxième raison pour laquelle Vladimir Poutine devrait l’emporter dimanche est que l’opposition a des figures mais pas de candidat qui l’unisse et soit suffisamment charismatique pour incarner une alternative. « Je vote Poutine car qui d’autre ? » est une phrase qui s’entend beaucoup, jusqu’à Moscou, et l’on touche là au problème classique des pays ayant trop longtemps vécu sous un régime autoritaire pour qu’une opposition ait pu se structurer, se faire connaître et convaincre.

Et puis, troisième atout de Vladimir Poutine, la Russie a peur. Elle a peur du chaos et de la violence, d’une nouvelle révolution, car le souvenir de 17 et des soixante-dix ans de communisme est très présent, même chez les plus jeunes. Cette peur, le pouvoir non seulement en joue en évoquant constamment, à la télévision, les années 20 et la guerre civile, mais il la partage aussi car il s’identifie, mais oui, au pouvoir impérial dont la faiblesse face aux bolcheviks est aujourd’hui sévèrement jugé au Kremlin. La Russie s’est éveillée. Elle bouge et bougera beaucoup mais, pour l’heure, c’est Poutine qui est donné gagnant.

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