C’est le plus saisissant des contrastes, comme une sorte, oui, de miraculeuse parenthèse car… Observons la région.

Tout autour de ce Liban qui avait vécu dans la guerre civile, ouverte ou rampante, depuis 40 ans, le Proche-Orient n’est que larmes et sang. C’est, bien sûr, le cas de la Syrie limitrophe mais également de l’Irak, du Yémen, de Bahreïn et de la Libye. Même lorsqu’ils ne sont pas directement atteints, tous les autres pays du Levant sont aux prises dans ce chaos régional opposant chiisme et sunnisme, les deux grandes religions de l’islam, mais le Liban, lui, paraît être immunisé contre cette guerre alors même qu’il est composé, à parts sensiblement égales, de chiites, de sunnites et de chrétiens, sans parler des 6% de Druzes.

Alors quoi ? La Providence ?

Non, pas du tout. Nul dessein divin n’explique cette paix libanaise qui tient, avant tout au fait que le Hezbollah chiite, la première force politique et militaire de ce pays, est tout entier occupé ailleurs, de l’autre côté de la frontière.

Tout à la fois milice et parti politique, créé, financé et surarmé par l’Iran, par la grande puissance chiite de la région, le Hezbollah a reçu ordre de Téhéran de déployer les meilleures de ses troupes en Syrie pour y défendre le régime Assad. Ce n’est que logique puisque ce régime appartient à une branche du chiisme, les alaouites ; que la majorité de la population syrienne est, au contraire, sunnite ; que l’insurrection à laquelle est confrontée Bachar al-Assad l’est donc également et que le régime syrien est l’allié de l’Iran dont il est l’indispensable tête de pont dans un Proche-Orient majoritairement sunnite. La Raison d’Etat iranienne commandait, en un mot, de prêter assistance au régime de Damas et c’est ainsi qu’engagé sur le front syrien, le Hezbollah libanais n’a plus les moyens de même envisager quelque autre épreuve de force que ce soit.

Tant sur le front israélien qu’à l’intérieur du Liban, le Hezbollah ne peut que faire profil bas et ses adversaires libanais, sunnites et chrétiens, ne veulent pas profiter de cette situation car ils craignent, pour leur part, qu’une déstabilisation du Liban ne permette aux jihadistes de l’Etat islamique de s’y introduire et de l’entraîner dans la guerre qui fait rage tout autour.

Bien qu’ils ne souhaitent, eux, que la chute du régime syrien, d’un pouvoir allié du Hezbollah et qui s’était toujours comporté en régent et maître du Liban, chrétiens et sunnites font ainsi preuve de la même retenue que les chiites sur la scène intérieure libanaise. Mieux encore, le Hezbollah n’a pas tenté d’empêcher l’achat d’armes françaises par l’armée libanaise, alors même que ces achats sont financés par l’Arabie saoudite, champion du sunnisme, adversaire de l’Iran et protecteur des chrétiens et sunnites libanais. C’est ce qui explique le miracle que vit aujourd’hui le Liban, miracle qui devrait durer tant que l’Etat islamique n’aura pas été défait, disons trente mois, mais ensuite ?

Impossible de le dire car cela dépendra alors de l’évolution en Syrie et du grand basculement que représenterait un possible rapprochement entre les Etats-Unis et l’Iran - du rapport de forces régional qui s’ensuivra entre sunnisme et chiisme, d’un paysage proche-oriental qu’il serait bien trop hasardeux d’essayer d’esquisser dès maintenant.

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