« Sont-ils tous fous ? » demandait hier la Berliner Zeitung car la classe politique allemande parait en effet sombrer dans la folie. La démocratie chrétienne et la social-démocratie s’étaient résolues à gouverner ensemble après des élections qui ne leur laissaient pas d’autre choix. Les négociations sur la composition de ce gouvernement d’union avaient, enfin, été menées à bien. Les portefeuilles étaient répartis. Les discussions programmatiques étaient avancées et, soudain, coup sur coup, les deux principaux futurs ministres de cette grande coalition, l’un de droite, l’autre de gauche, ont des vapeurs. Censé prendre les postes clés de vice-chancelier et de ministre du Travail et des Affaires sociales, le social-démocrate Franz Münteferring laisse maintenant planer un doute sur sa participation au gouvernement. C’est tantôt « oui », tantôt « non ». On ne le sait toujours pas à cette heure car il s’estime désavoué par son parti dont il vient de quitter la présidence après que son candidat au poste de Secrétaire général ait été battu par l’ancienne chef de file des Jeunesses social-démocrates. Humilié, Franz Münteferring rumine cette défaite et, du coup, Edmund Stoiber, grande figure de la démocratie chrétienne qui aurait du prendre en charge l’Economie, s’est purement et simplement désisté car la situation politique, dit-il, « a changé » en raison des dissensions apparues à gauche. La confusion est telle à Berlin que certains journaux évoquent déjà de nouvelles élections anticipées. Aucun des deux partis ne souhaite en fait cette épreuve qui ne les honorerait ni l’un ni l’autre et les obligerait l’un et l’autre à se trouver à la hâte de nouveaux chefs de file. Plausible, cette hypothèse n’est pas la plus probable mais la crise, elle, est bel et bien là car la gauche comme la droite se sont vu imposer cette coalition par les électeurs, ne la souhaitaient pas, ne croient pas à sa longévité et pensent déjà à la suite. C’est pour cela que les sociaux-démocrates ont plébiscité la jeune Andrea Nahles au poste de secrétaire générale. Ils ont joué là un coup d’avance, anticipé l’échec politique de leur président, Franz Münteferring, auquel ils n’ont pas accordé plus d’avenir qu’à la coalition et voulu préparer une relève de génération pour les batailles à venir. Dans l’autre camp, Edmund Stoiber s’est en conséquence dit qu’il ne voulait pas s’associer à une simple parenthèse politique aux côtés d’une chancelière dont il avait été le grand rival et que son poste de ministre président de la riche et puissante Bavière avait, tant qu’à faire, plus d’attraits. Ce qui se passe est clair mais la Berliner Zeitung n’en avait pas moins raison de crier, hier, aux fous car, ce gouvernement de coalition, les électeurs allemands l’ont voulu. Ils n’ont voulu ni reconduire une gauche qui n’avait pas su enrayer le chômage ni passer les commandes à une droite devenue trop libérale. Ils ont voulu que leurs deux grands partis unissent leurs efforts au centre pour remettre l’Allemagne sur pieds et, à ne pas entendre cette demande, à n’y voir qu’un moment dont il faudrait déjà anticiper la sortie, ces partis risquent gros et la démocratie avec eux.

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