La violence menace à nouveau le Liban. Cette fois-ci, ce n’est pas une nouvelle guerre avec Israël qui se profile. C’est un bras de fer entre les partisans d’un ancrage occidental de ce pays et ceux qui prônent, au contraire, une alliance avec Damas et Téhéran. Vu de loin, on pourrait croire que c’est chrétiens contre musulmans mais la ligne de clivage n’est pas confessionnelle. Elle à la fois sociale et politique puisqu’on trouve, d’un côté, la plupart des chrétiens, les Druzes et les musulmans sunnites, de l’autre les musulmans chiites du Hezbollah et une partie des chrétiens qui considèrent que le Liban ne pourra jamais trouver de stabilité interne tant que les chiites, les plus pauvres du pays, n’auront pas reçu la place qui leur est due. Tout se mêle ainsi dans l’empoignade qui s’annonce. Il y a la question des liens avec la Syrie, ce puissant voisin qui ne renonce pas à exercer un protectorat sur le Liban qu’il regarde comme une part de lui-même dont il ne serait séparé que par les découpages coloniaux, les partages entre les anciens empires britannique et français. Depuis la décolonisation, la Syrie n’a jamais cessé de jouer des divisions entre les communautés libanaises, changeant d’alliance au gré de ses intérêts. Plus que jamais, elle joue aujourd’hui les chiites qui, eux, s’appuient sur elle pour relativiser la prépondérance économique et politique des chrétiens et des sunnites, plus riches, plus bourgeois, plus occidentalisés, plus liés à la France et, désormais, aux Etats-Unis qui ne veulent pas laisser le Liban devenir le troisième Etat de l’axe régional syro-iranien. A ces dimensions nationale, sociale et politique s’ajoutent, de surcroît, la question des rapports avec Israël, les uns ne pardonnent pas au Hezbollah d’avoir délibérément provoqué le conflit de l’été dernier pour servir les intérêts iraniens et prendre en main le pays. Les autres, les chiites, reprochent aux premiers d’avoir trop clairement espéré qu’Israël leur briserait les reins et de compter, maintenant, sur la force d’interposition internationale pour limiter les marges de manœuvre du Hezbollah. Compliqué ? Oui, mais ce n’est pas tout car, Arabie saoudite en tête, les régimes sunnites proche-orientaux font tout ce qu’ils peuvent pour conforter les adversaires du Hezbollah afin d’éviter que le Liban ne bascule dans le camp iranien. Si l’on veut résumer et simplifier, deux batailles imbriquées sont en cours au Liban, celle qui oppose les plus pauvres aux plus riches des Libanais et celle qui met face à face, dans toutes la région, l’Iran et les chiites d’un côté, les régimes sunnites, les Occidentaux et Israël de l’autre. C’est sur cette toile de fond que le Hezbollah réclame depuis mardi, menaces de manifestations à l’appui, la formation d’un gouvernement d’union nationale dans lequel il aurait un droit de veto et que les Américains s’alarment de plans subversifs ourdis par Damas et Téhéran. Les nuages s’amoncellent sur Beyrouth.

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