Si les sondages disent vrai, l’Amérique ne connaîtra, après tout, qu’une période de cohabitation. Comme tant de ses prédécesseurs, Barack Obama devra gouverner avec un Congrès dominé par le parti adversaire, les Républicains en l’occurrence, qui devraient gagner, aujourd’hui, le contrôle de la Chambre des Représentants et peut-être aussi – on ne sait pas, c’est tout le suspens – celui du Sénat, la chambre des 50 Etats constituant les Etats-Unis. Non seulement beaucoup d’autres présidents sont passés par là mais plusieurs d’entre eux, dont Bill Clinton, y ont si bien survécu qu’ils ont été triomphalement réélus ensuite mais, là, c’est différent. Là, la situation est nouvelle car les Etats-Unis, la première puissance mondiale, la plus puissante des démocraties, sont dans une très mauvaise passe. Jamais ils n’avaient été confrontés à autant de défis simultanés car, pour eux, les difficultés s’accumulent dans tous les domaines. Décuplé par les mesures de relance qu’avait imposées le krach de Wall Street, leur endettement n’avait jamais atteint un tel degré. A près de 10%, leur taux de chômage rejoint celui de l’Europe et remonte à des niveaux que ce pays n’avait pas connus depuis les lendemains de la guerre du Vietnam, il y a plus de trente ans. Thème dominant de ces élections parlementaires de mi-mandat, l’économie américaine est en pleine déconfiture et, parallèlement, l’hyperpuissance américaine est en échec sur tous les fronts internationaux. Bien qu’envahi par des produits chinois à bas coût qui ruinent et ferment ses usines, ce pays qui s’était cru maître du monde après l’implosion soviétique ne parvient pas à imposer à Pékin une réévaluation de sa monnaie car c’est la Chine qui finance ses déficits en achetant et détenant sa dette et qu’on ne peut pas tordre le bras de son banquier sans risquer de faire sauter ses lignes de crédit. L’Amérique dépend, aujourd’hui, de la Chine et doit passer par ses conditions et n’arrive à rien, non plus, face aux bouillonnements du monde musulman. La guerre d’Afghanistan est virtuellement perdue et la question n’est plus de savoir si l’Amérique peut encore la gagner mais si elle pourra ou non se retirer de ce pays sans perdre la face et sans qu’il ne retombe aux mains d’al Qaëda. Avec le Pakistan, ce n’est pas mieux car cet Etat allié des Etats-Unis et totalement financé par eux n’en continue pas moins de jouer double jeu à Kabul en soutenant en sous-main les taliban sur lesquels il compte s’appuyer, après le retrait des Américains, pour opposer à l’Inde un bloc musulman. Quant au Proche-Orient, à ce poumon de l’économie mondiale, les Etats-Unis le contrôlent moins que jamais car ils n’arrivent pas plus à contraindre Benjamin Netanyahu de faire la paix qu’à dissuader les Iraniens de marcher vers la bombe. C’est cet affaiblissement qui fait toute l’importance de cette cohabitation annoncée. Elle n’est pas qu’un problème intérieur mais un problème mondial puisque les Républicains n’ont pas de programme, aucune vraie réponse à toutes ces questions, et que leur possible victoire annonce moins un changement de la politique américaine qu’encore plus de paralysie à Washington.

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