Il y a deux ans qu’il se battait seul. Depuis qu’il est devenu Premier ministre après avoir remporté les législatives grecques d’octobre 2009, Georges Papandréou a non seulement dû négocier avec la terre entière pour sauver son pays de la faillite dans laquelle l’avait laissée ses prédécesseurs mais également subir, à l’intérieur, des attaques incessantes venues de tout l’échiquier politique.

La droite, la Nouvelle Démocratie, celle-là même qui lui avait laissé en héritage un quasi doublement de la dette publique, refusait toute idée de gouvernement de salut public et lui reprochait de ne pas savoir défendre l’intérêt national face à l’Allemagne, à la France et au FMI. Côté socialiste, dans son propre parti, Georges Papandréou se heurtait à la fois à des rivaux qui espéraient le voir mordre la poussière pour prendre sa place et à des députés qui ne voulaient pas assumer le coût social de ce sauvetage.

A droite comme à gauche, les plus petits partis tentaient de grossir leurs rangs en surfant sur le mécontentement social. La presse n’était pas en reste. Les grèves générales succédaient aux manifestations violentes et la solitude du Premier ministre était devenue totale ce week-end lorsqu’il était apparu que l’Europe et le FMI avaient mis comme condition à leur nouveau plan de sauvetage une permanente surveillance de la Grèce qui la plaçait, de fait, sous tutelle internationale. La blessure faite à l’orgueil national s’était ajoutée à la colère sociale pour faire entrer la Grèce en sécession et c’est pour cela, dans une indescriptible crise politique intérieure, que Georges Papandréou a annoncé ce référendum, lundi soir, afin de mettre les partis, la presse et les citoyens devant leurs responsabilités.

C’était un coup de poker, mais pas si fou qu’il y parait puisque 40% des Grecs déclarent approuver le nouveau plan de sauvetage et que le pays entier, au-delà de sa colère, sait bien qu’une sortie de la monnaie unique serait l’ultime catastrophe qui l’obligerait à rembourser, sans appuis et avec une monnaie nationale sans valeur, une dette libellée en euros. Précédé par un vote de confiance programmé pour vendredi, ce référendum n’est pas obligatoirement perdu d’avance. Il peut être gagné mais sa seule annonce a provoqué une telle panique sur les places boursières que son organisation est devenue incertaine bien qu’elle ait été confirmée, hier soir, par le Premier ministre.

Haletant pour la Grèce, l’Europe et le monde, le feuilleton va se poursuivre mais il y a d’ores et déjà, plus que jamais, deux conclusions à tirer de ce rebondissement. La première est que, si nécessaires qu’elles soient à l’assainissement des comptes publics, les politiques de rigueur n’ont pas pour seul inconvénient de freiner l’activité et de grossir les dettes souveraines. Elles ont également un coût politique que la sagesse devrait obliger à prendre en compte avant qu’une crise politique généralisée ne s’ajoute à la crise financière de l’Europe. Quant à la seconde conclusion, elle est que l’Union européenne ne peut pas harmoniser ses politiques économiques et donc les imposer à chacun de ses membres sans que ces politiques ne soient choisies par des dirigeants élus par l’ensemble des électeurs européens, sans que la démocratie européenne ne devienne, autrement dit, la réalité qu’elle n’est pas.

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