La semaine prochaine, il n’y a pas que les Etats-Unis qui éliront leur président. Deux jours après la présidentielle américaine de mardi, le Parti communiste chinois réunira son congrès pour désigner son nouveau secrétaire général, futur président du pays le plus peuplé du monde, et dès hier le plénum du comité central est entré en conclave, loin des micros et des caméras, pour préparer un événement qui se doit d’être soigneusement orchestré.

A voir les chiffres, tout cela ne devrait n’être qu’une formalité, et pas seulement parce qu’il n’y a qu’un seul parti en Chine. Depuis la désignation de la direction sortante, en dix ans, le PIB chinois a quadruplé tandis que l’excédent commercial quintuplait, que le niveau des salaires triplait, que celui des réserves de divises, désormais le plus élevé du monde, décuplait ou presque, que le montant des investissements chinois à l’étranger était multiplié par 23, le nombre d’automobiles par 6 et celui des internautes par 9 pour atteindre le nombre de 513 millions de Chinois branchés sur la toile, devenue l’agora de ce pays malgré la censure qui s’y exerce.

Le moins qu’on puisse dire est que la direction chinoise a un bilan à présenter mais l’inquiétude et le malaise grandissent pourtant dans la deuxième économie du monde sur laquelle les nuages s’accumulent.

Premier problème, les crises américaine et européenne ont réduit la demande extérieure, donc les exportations et, partant, la croissance qui est fondée sur elles et qui est maintenant en recul, tombée à 7% contre une moyenne de près de 11% ces dix dernières années. Partout ailleurs, ce pourcentage serait inespéré mais là-bas, s’il continuait de reculer ne serait-ce que de deux points, le chômage s’envolerait brutalement, une crise sociale, déjà rampante, exploserait et deviendrait vite politique car le contrat social fondant la stabilité chinoise est que l’autorité du parti est respectée tant, et autant seulement, que le niveau de vie progresse.

Si ce n’est plus le cas, second problème, tout est remis en question car le parti n’est pas aimé et n’aurait aucune raison de l’être tant le souvenir des horreurs maoïstes est vif, les inégalités profondes et la corruption des dirigeants aussi obscène qu’omniprésente. Ce recul de la croissance est d’autant plus grave que l’augmentation des salaires a déjà incité des entreprises étrangères à se redéployer vers des pays où la main d’œuvre est encore moins chère.

Si la Chine bloque ses salaires, elle ne pourra pas développer sa consommation intérieure pour suppléer au recul des exportations. Si elle les laisse monter, d’autres entreprises la quitteront et, dans les deux cas, elle risque des tensions sociales difficilement maitrisables. Ce parti se trouve ainsi devant un choix impossible qui divise ses dirigeants en clans rivaux qui se déchirent comme jamais et ne resteront plus ou moins solidaires qu’à la condition que ce régime ne soit pas menacé et que le sauve-qui-peut ne s’impose pas à eux car ils auraient alors à tenter de protéger les fortunes personnelles que leur position politique leur a assurées. La Chine est un géant mais son développement ne restera pas plus linéaire que sa stabilité n’est certaine.

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