C’est la plus nette des victoires, rassurante pour le Proche-orient mais pas pour la Turquie. Après avoir perdu, en juin dernier, la majorité absolue qu’ils détenaient depuis 13 ans, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et son parti islamo-conservateur, l’AKP, l’ont regagnée hier. Ils disposeront de quelques 316 des 550 sièges du Parlement et pourront donc continuer à gouverner seuls.

C'est un retournement de situation et c'est à la peur qu'il est dû, à la peur du chaos. C’est sur elle que Recep Erdogan avait joué depuis juin. C’est délibérément qu’il avait tout fait pour rendre impossible la constitution d’un gouvernement de coalition avec l’un ou l’autre des trois partis d’opposition. Vous voyez bien que si je n’ai plus de majorité, la Turquie n’est pas gouvernable, disait-il ainsi et les déchirements de la région ont fait le reste. Jour après jour, les Turcs voyaient la Syrie limitrophe se noyer dans le sang et les flots de réfugiés grossir alors qu’ils en accueillent déjà plus de deux millions. Puis il y eut deux attentats meurtriers sur leur sol et, parallèlement, leur président a repris les hostilités contre le PKK, l’organisation armée de la minorité kurde, afin d’attiser tout à la fois le nationalisme et la crainte d’une nouvelle guerre civile.La Turquie s’est vue en danger et c’est massivement que ses électeurs sont allés aux urnes, démentant les sondages qui, jusqu’à ces derniers jours encore, annonçaient une nouvelle défaite de Recep Erdogan. Cyniquement parlant, il n’y a pas lieu de le regretter pour le Proche-Orient car la dernière chose dont cette région avait besoin était d’une instabilité en Turquie. Si le scrutin d’hier avait abouti aux mêmes résultats que ceux de juin, Recep Erdogan aurait dû accepter un gouvernement de coalition mais n’aurait cessé de rendre cette cohabitation impossible afin de préparer sa revanche. L’exécutif en aurait été affaibli et, bien vite, paralysé. Alors qu’elle négocie avec la Turquie un accord qui lui permettrait de freiner l’arrivée des réfugiés à ses frontières, l’Union européenne n’aurait plus eu d’interlocuteurs à même de décider. Plus grave encore, le compromis régional qui se cherche maintenant sur la Syrie aurait été sérieusement compliqué par un flottement à Ankara. Le vote d’hier a tout, en un mot, pour rassurer les grandes capitales de la région et du monde mais l’homme qui vient de l’emporter en Turquie, Recep Erdogan, donne des signes toujours plus flagrants de mégalomanie.Il devient un dictateur qui n’a pas hésité, en pleine campagne électorale, à fermer les journaux et stations de télévision dont les critiques ou la liberté lui déplaisaient. Il a totalement polarisé son pays et l’ivresse que pourrait lui procurer sa victoire ne présage rien de bon à l’heure où la Turquie aurait un urgent besoin de retrouver les voies d’un dialogue avec ses Kurdes.

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