Le Président américain impose dimanche de nouvelles sanctions unilatérales à l’Iran, qui ne pourra plus exporter une goutte de pétrole. Une escalade à haut risque dans un contexte explosif.

Un tanker sud-coréen vient charger du brut iranien au terminal pétrolier de l’île de Khark, en Iran, en mars 2017.
Un tanker sud-coréen vient charger du brut iranien au terminal pétrolier de l’île de Khark, en Iran, en mars 2017. © AFP / ATTA KENARE / AFP

Donald Trump veut donner le coup de grâce à l’Iran : à partir de dimanche, les États-Unis interdisent les exportations iraniennes de pétrole, la principale ressource de ce pays. 

C’est une nouvelle escalade dans l’offensive de Washington contre le régime de Téhéran, six mois après avoir quitté l’accord nucléaire et contraint les grandes entreprises européennes à cesser toute activité en Iran.

Ces sanctions sont unilatérales, décidées par Donald Trump sans l’ONU, et contre l’avis de ses alliés. Mais les Américains ont une manière très simple d’imposer leur loi, résumée par John Bolton, le Conseiller de la Maison Blanche : vous êtes avec nous ou contre nous, si vous achetez du pétrole iranien, vous ne pourrez plus faire d’affaires avec les États-Unis. Les comptes sont vite faits.

Les Européens n’ont guère de choix, malgré la tentative de créer un système de troc pour les échanges avec l’Iran. La France, qui était devenue le premier acheteur européen de brut iranien après la levée des sanctions, celles de l’ONU, en 2015, a déjà cessé ses achats cet été.

Mais la clé du succès ou de l’échec de cet embargo se trouve en Chine, premier importateur de brut iranien : en pleine guerre commerciale avec Washington, Pékin garde le silence sur ses intentions. 

Pour l’heure, les exportations iraniennes, d’ordinaire à 2 millions de barils par jour, ont déjà baissé d’un tiers, par anticipation. Téhéran a commencé la semaine dernière à vendre de petites quantités de pétrole sur le marché libre, à un prix inférieur et à des acheteurs anonymes. Mais ça ne remplacera pas les exportations régulières.

Qui achète le pétrole iranien ?
Qui achète le pétrole iranien ? © AFP / Selim CHTAYTI / AFP

Pour l’Iran, totalement dépendant du pétrole, c’est une redoutable menace, et l’atmosphère est plutôt sombre à Téhéran. Le pays est déjà en proie à d’immenses difficultés économiques, et les Américains parient sur le mécontentement populaire pour le mettre à genoux, voire renverser le régime.

Le pouvoir iranien n’est peut-être pas aussi fragile que le pense la Maison Blanche, il a en tous cas montré par le passé une réelle résilience. Le problème est que ceux qui, à Téhéran, ont engagé le dialogue avec l’Occident sont aujourd’hui en perte de vitesse. 

Les bénéficiaires sont les durs du régime, ceux-là même qui sont mis en cause en ce moment dans des projets d’attentats contre leurs opposants en Europe. Les plus radicaux ne se laisseront pas abattre sans réagir, et ont déjà prévenu que si l’Iran ne peut plus exporter son pétrole, personne d’autre dans la région ne pourra exporter le sien. 

En ligne de mire, le détroit d’Ormuz, situé à l’extrémité du Golfe arabo-persique, et par lequel transite un tiers des hydrocarbures transportés par voie maritime au monde, que l’Iran pourrait menacer. Une crise dans ce carrefour stratégique s’il en est, représente le scénario catastrophe auquel personne ne veut croire : il ferait flamber les prix de l’énergie déjà tendus, et risquerait de précipiter la région dans la guerre.

Le régime de Téhéran n’est assurément pas tendre. Mais il y a chez Donald Trump un côté apprenti sorcier qui rappelle l’invasion américaine de l’Irak en 2003. L’escalade débute donc dimanche.

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