Ce soir, Gerhard Schröder dîne à l’Elysée. Dix jours après les élections allemandes, Jacques Chirac et lui pourront ainsi cadrer les quatre années de collaboration qu’ils ont devant eux, jeter les bases de positions communes sur les futures institutions de l’Europe élargie, affiner aussi leurs idées de compromis sur la Pac, la politique agricole commune, manne financière pour la France mais fardeau pour l’Allemagne. Pour la relance du moteur franco-allemand, de la locomotive de l’Union, c’est un rendez-vous capital mais c’est pourtant sur l’Irak qu’on attend les deux hommes car c’est là, sur ce dossier, que l’Europe joue, pour l’heure, sa crédibilité. Guerre ou paix, affirmation d’un unilatéralisme américain ou réaffirmation, au contraire, du rôle premier de l’Onu dans la défense de l’équilibre international, l’enjeu derrière Saddam est trop important pour que l’Europe continue à ne pas parler d’une seule voix. L’Europe a une position commune. Il n’est pas une seule de ses capitales, pas une, pas même Londres, qui ne dise et répète que c’est à l’Onu de faire appliquer ses résolutions par l’Irak, que c’est la communauté internationale qui doit obliger Saddam à s’y conformer et non pas les seuls Etats-Unis et que ce serait à elle et à elle seule de décider, si nécessaire, d’une intervention militaire. Forte de cette position de principe, l’Europe a conduit Georges Bush à ne pas ignorer l’Onu mais l’Union se disperse à nouveau, comme épuisée, incapable de construire sur cet acquis. La Grande-Bretagne prête la main aux Etats-Unis en présentant avec eux un projet de résolution du Conseil de sécurité autorisant d’ores et déjà un recours à la force, avant même que les inspections de l’Onu n’aient été reprises et qu’on ait pu voir ce qu’elles donnaient. Les Britanniques plaident ainsi pour la délivrance d’un blanc-seing à Georges Bush alors même que le Congrès américain ne s’y résigne pas encore. L’Espagne et l’Italie, de leur côté, laissent trop voir qu’elle ne seraient pas indignées si la Maison-Blanche brusquait les choses. Les autres pays de l’Union se font discrets car ils ne savent plus comment peser sur la situation et la France se trouve bien seule en Europe, pas dans le monde mais en Europe, à demander qu’on juge Saddam aux actes et ne décide qu’ensuite, et collectivement, de la conduite à tenir. La Russie, la Chine, le monde arabe, l’Iran, la Turquie, bien d’autres pays encore soutiennent la France dans ce combat mais, sans le reste de l’Europe, sans un réveil européen, la France ne pourra que se battre pour l’honneur. Il lui faut aujourd’hui le soutien de l’Allemagne. Il faut qu’ensemble la France et l’Allemagne, le coeur de l'Union, puissent inverser la tendance, rallier l’ensemble de l’Europe à l’idée d’un deux temps, de deux résolutions de l’Onu, d’une chance pour la paix. En s’associant à la démarche française, non seulement Gerhard Schröder troquerait le pacifisme de sa campagne électorale contre la défense de la légalité internationale, non seulement il se sortirait de l’isolement où il s’est mis mais il contribuerait aussi, avec la France, à faire de l’Europe l’acteur qu’elle doit être, qu’elle ne peut pas devenir en ne s’occupant que de sa Pac et autres cuisines.

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