C’est non. Vladimir Poutine vient de signifier qu’il ne voulait pas laisser la Géorgie entrer dans l’Otan et lui échapper. Quatre jours après que cette ancienne République soviétique eut arrêté quatre officiers russes accusés d’espionnage, le Président russe a déclaré, hier, que les Géorgiens « se sentaient à l’aise et en sécurité sous la protection de leurs sponsors étrangers » mais « est-ce vraiment le cas ? », a-t-il ajouté dans une question parfaitement menaçante dont la réponse ne faisait visiblement pas de doute à ses yeux. Quelques heure plus tôt, l’un des principaux quotidiens russes, Kommersant, écrivait que « la Russie s’était finalement résolue à parvenir, quelque en soit le prix, à un changement de régime en Géorgie » et une longue crise s’ouvre ainsi, une de plus, dans la Caucase, à la jonction de la Fédération de Russie et de la Turquie, au Sud de la Tchétchénie et à l’Est du puit de pétrole qu’est l’Azerbaïdjan. D’un côté, la Russie refuse que ce pays, annexé à l’empire des tsars dès 1801, puisse se détacher d’elle et rejoindre l’Alliance atlantique car cela pourrait donner des idées à ses Républiques caucasiennes et que cela éloignerait encore plus d’elle l’Azerbaïdjan et ses ressources pétrolières. Pour la Russie, c’est l’intérêt national et la Raison d’Etat qui sont en question mais, pour la Géorgie, l’enjeu n’est pas moindre. Florissant empire il y a huit cent ans, quand la Russie sortait à peine des limbes, la Géorgie a dû trouver refuge sous l’aile de Moscou après des siècles d’invasions mongoles, arabes, perses et ottomanes mais elle avait tenté de retrouver son indépendance après la révolution de 1917 et l’a reconquise après l’effondrement soviétique. Ne voulant pas rester un protectorat russe dans une indépendance qui ne serait que formelle, elle vient d’engager des négociations d’entrée dans l’Otan et rêve de pouvoir rejoindre, un jour, l’Europe. La Géorgie veut d’autant plus rompre avec la Russie que, depuis qu’elle n’est plus soviétique, le Kremlin s’acharne à la déstabiliser en soutenant le séparatisme de deux de ses régions, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Comme en Ukraine, la Russie tente de sauver son expansion historique de la faillite communiste mais se heurte, dans cette entreprise, à de fortes aspirations populaires et à la très active volonté des Etats-Unis d’étendre leur propre influence au détriment de la sienne. En Géorgie, cette ambition américaine se double d’intérêts directs car Washington aimerait que le pétrole d’Azerbaïdjan trouve d’autres voies de sortie que la Russie. Histoire, nationalisme, rivalités de puissances et pétrole – tout se mêle dans cette bataille et, en arrêtant quatre officiers russes, le Géorgie a voulu précipiter son passage à l’Ouest en forçant l’Amérique à prendre sa défense. A l’heure où les Etats-Unis ont besoin de Moscou dans la crise iranienne, elle risque gros. Il n’est pas sûr qu’elle n’ait pas été un peu vite.

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