Imagine-t-on un Président rêvant de devenir Premier ministre ? Oui puisque c’est un peu le cas en France, dira-t-on, mais il y a pourtant une grande différence. Alors que Nicolas Sarkozy entend diriger le gouvernement tout en restant, bien sûr, chef de l’Etat, Vladimir Poutine souhaite, lui, descendre d’un grade, troquer la première des fonctions contre la deuxième. C’est en fait qu’il n’a pas le choix. Il arrive au terme de son second mandat présidentiel au début de l’année prochaine. La Constitution lui interdit d’en briguer un troisième. Il se fait une trop haute idée de lui-même pour s’abaisser à faire modifier la Loi fondamentale à seule fin de rester le patron et il semble donc bien que cette étrange idée de devenir N° 2 après avoir été N° 1 ait maintenant germé dans son esprit. Il ne l’a pas vraiment dit mais écoutons le s’adresser, hier, au congrès de son parti. « J’accepte avec reconnaissance, déclare-t-il, votre proposition de diriger la liste de Russie Unie » - de se faire, autrement dit, plébisciter à l’occasion des élections législatives de décembre prochain qui ont fort peu de chances de tourner à son désaveu. Pour un homme censé sortir de la scène politique, la démarche est évidemment intrigante mais ce n’est pas tout. « Diriger le gouvernement, c’est une proposition parfaitement réaliste, ajoute-t-il alors que personne n’avait encore entendu parler de cette « proposition », mais il est encore tôt pour y penser (car) il faut, pour cela, remplir deux conditions ». La première, explique-t-il sans surprendre, est que Russie Unie remporte les élections. La deuxième est que soit élu comme Président « un homme honnête, capable, efficace et moderne avec lequel on pourrait travailler en binôme ». Miracle au Kremlin, cet homme existe pour la bonne raison que Vladimir Poutine vient de l’inventer, en septembre, lorsqu’il a soudainement promu un quasi inconnu à la tête du gouvernement, un homme, Viktor Zoubkov, qui s’est aussitôt senti de telles ambitions présidentielles qu’il n’a pas tardé à les déclarer. Le monde politique moscovite en avait été tout secoué. « Viktor qui ? » s’était-on exclamé dans les couloirs de la Douma et les salles de rédaction mais on n’avait pas tardé à y comprendre cette nomination en réalisant que ce M. Zoubkov avait été l’adjoint direct de Vladimir Poutine lorsque le Président travaillait encore à la mairie de Saint Petersbourg et qu’il s’était ensuite occupé, dans l’ombre, au Kremlin, de la lutte contre le blanchiment, c’est-à-dire de la dépossession des grands barons du privé qui n’avaient pas fait allégeance au pouvoir. Vladimir Poutine pourrait d’autant mieux « travailler en binôme » avec cet « honnête homme » qu’il le tient, au sens mafieux du terme. Est-ce que tout est écrit pour autant ? Il est trop tôt pour en jurer. Le scénario semble prêt pour le tournage, bien ficelé, mais Poutine N° 2, même avec une marionnette pour N° 1 ? On verra.

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