Les journaux français sont malades mais de quoi? C’est ce fait et cette interrogation qui ont amené le président de la République à convoquer des « états généraux » de la presse dont il donne le coup d’envoi aujourd’hui car les journaux ne sont pas seulement un pilier de la démocratie. Sans eux, pas de contre-pouvoir – on le sait. Sans ce quatrième pouvoir, pas de libre examen du fonctionnement de l’exécutif, du législatif et du judiciaire, pas de regard critique non plus sur ce cinquième pouvoir, pas le moindre, qu’est celui de l’argent. Sans la presse, pas de démocratie, pas de pouvoir des citoyens qui ne sont alors pas assez informés pour pouvoir l’exercer mais la presse n’est pas que cela. Sans elle, sans des titres qui marquent le débat bien au-delà de leurs frontières nationales, un pays compte moins dans l’arène internationale et il suffit, pour le comprendre, de voir l’influence mondiale que la BBC donne à la Grande-Bretagne, le New York Times et CNN aux Etats-Unis ou que Le Monde donnait à la France, lorsqu’aucun ministre des Affaires étrangères, nulle part, ne pouvait se passer de le lire. En réunissant ces « états généraux », le chef de l’Etat est dans son rôle de gardien des institutions et de garant de l’influence française mais que peut l’Etat dans cette crise que résument un chiffre et un souvenir ? Les deux plus grands quotidiens français, le Monde et Le Figaro, ne vendent aujourd’hui pas plus d’exemplaires à eux deux qu’un seul des deux plus grands quotidiens italiens, la Repubblica et le Corriere de la Sera, alors qu’il y a tout autant d’internet, de télévisions et de gratuits en Italie qu’en France. Il n’y a pas si longtemps, les Français avaient chaque jour le choix, outre les titres qui ont tant bien que mal survécu, entre France-Soir, un million d’exemplaires, l’Aurore, Combat, Le Matin, le Quotidien de Paris et plusieurs autre encore. La situation de la presse française est dramatique mais, pour l’améliorer, l’Etat ne peut que tenter de modifier ses conditions de distribution et d’impression, les deux problèmes économiques dont elle souffre. Pour le reste, c’est aux journalistes eux-mêmes, à eux seuls, de redresser la barre. Les rédactions françaises devraient méditer quelques exemples. La Repubblica s’est inventée autour d’une volonté de réinventer la gauche italienne. El Païs s’est fait en accompagnant le retour de l’Espagne à la démocratie. Le Monde s’était imposée en se faisant l’organe de la reconstruction française après la Libération. L’Express était né des combats pour la décolonisation, Le Point d’une volonté de décomplexer la droite, l’Observateur de l’ambition de rebâtir une gauche non communiste. Tous les grands journaux, partout, toujours, ont ou avaient tiré leur force d’un combat pour des idées, de la proposition d’un regard sur le monde et de leur aptitude à les faire prévaloir en modifiant et rénovant la donne politique, en étant, avec une honnêteté irréprochable mais une subjectivité revendiquée, des journaux mouvements, organisateurs et caisses de résonnance de courants de pensée. Ce dont souffre la presse française c’est de la confusion intellectuelle et politique de la France, d’une donne qui est à changer, et les journaux qui naîtront ou revivront seront ceux qui sauront le faire – à droite, à gauche et au centre.

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