C’est une percée. En elle-même, elle ne garantit encore rien mais c’est sur une percée que les discussions d’hier entre les grandes puissances et l’Iran se sont conclues. Ce n’est pas seulement que les chefs des délégations iranienne et américaine ont eu un long entretien bilatéral, que de nouvelles discussions auront lieu avant la fin du mois et que l’Iran s’est engagé à ouvrir d’ici là, sous quinze jours, son site nucléaire secret de Qom aux inspecteurs de l’Agence internationale pour l’énergie atomique dont le directeur est attendu ce week-end à Téhéran. C’est aussi, avant tout, que les Iraniens ont accepté, comme ils l’avaient laissé entendre jeudi, de confier à la Russie l’enrichissement de leurs stocks d’uranium, de « la majeure partie » d’entre eux a précisé un haut responsable américain. Il s’agit là d’une étape importante, déclare-t-on à Washington, puisque cet uranium ne serait évidemment pas enrichi par les Russes au niveau permettant un usage militaire mais uniquement civil, qu’il devrait être, ensuite, retravaillé en France et ne pourrait ainsi plus être utilisé dans la fabrication de bombes. En langage diplomatique, celui de la Guerre froide, cela s’appelle une « mesure de confiance ». Elle est évidemment importante mais, si rien n’est encore résolu pour autant, c’est que le diable est dans les détails qui n’en sont, en l’occurrence pas. Pour que les craintes des grandes puissances soient réellement apaisées, il faudrait que les Iraniens confient aux Russes une telle part de leurs stocks d’uranium faiblement enrichi que cela les mette, alors, dans l’incapacité de poursuivre, avec les stocks dont ils disposeraient encore, leur marche vers la bombe. C’est une question de proportion, de kilos. Il faudrait, estime-t-on, qu’ils en confient 1200 kilos aux Russes mais aucun engagement chiffré n’a été pris, hier, à Genève. C’est la réalité de cette percée et le flou qui l’entoure encore qui expliquent que les Occidentaux restent d’une extrême prudence tout en se félicitant des pas qui ont été faits. Les discussions de Genève ont « ouvert la porte », déclare Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine. « Ce fut une journée productive, dit-elle, mais la preuve de cela, ajoute-t-elle, doit encore mûrir de sorte que nous attendrons de voir ce que l’Iran décide de faire ». « L’Iran, déclare de son côté Barack Obama, a entendu un message clair et uni (mais) doit démontrer par des mesures concrètes qu’il assumera ses responsabilités ». Les pessimistes ne verront dans ces progrès qu’une manœuvre de Téhéran, qu’un moyen de gagner du temps. D’autres l’expliqueront par les difficultés économiques et politiques de ce régime et l'inquiétude que constitue pour lui le rapprochement américano-russe. Les plus optimistes considéreront, au contraire, que les Iraniens ont maintenant compris qu’ils avaient la possibilité d’arriver à un grand compromis régional avec les Etats-Unis de Barack Obama. On verra. On devrait désormais le voir assez vite mais les choses bougent. On est sorti du statu quo.

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